Sans annoncer d’invasion imminente, l’organisation onusienne met en garde contre une dynamique de reproduction et de dispersion qui pourrait évoluer vers une menace régionale.
Une alerte sans bruit, mais loin d’être anodine. Au début du mois de mars, la FAO a signalé une activité accrue de criquets pèlerins dans le sud du Maroc et au Sahara occidental. À ce stade, il ne s’agit ni d’une invasion ni d’une urgence immédiate. Mais pour les spécialistes, ce type de signal constitue souvent le point de départ de crises acridiennes bien plus vastes.
Des signaux faibles à ne pas sous-estimer
Selon les dernières observations, des groupes d’adultes sont en augmentation dans certaines zones désertiques, avec des déplacements progressifs vers le nord. Surtout, des conditions favorables à la reproduction ont été identifiées, liées notamment à des épisodes de pluies récents.
Ce schéma est bien connu : lorsque l’humidité du sol permet la ponte et le développement des larves, les populations de criquets peuvent rapidement croître. Si cette dynamique se poursuit, elle peut conduire à la formation de petits essaims, première étape vers une propagation plus large.
Une mécanique de crise en trois temps
Les invasions de criquets pèlerins ne surgissent jamais brutalement. Elles suivent une progression généralement prévisible.
Dans un premier temps, des populations isolées se développent dans des zones reculées. Vient ensuite une phase de multiplication, où les conditions climatiques favorisent leur expansion. Enfin, si les contrôles ne suffisent pas, des essaims se forment et peuvent parcourir des centaines de kilomètres, menaçant cultures et pâturages.
L’alerte actuelle s’inscrit précisément dans cette phase intermédiaire, encore maîtrisable mais potentiellement critique.
Un risque à dimension régionale
Si la situation devait évoluer, les conséquences dépasseraient largement les frontières marocaines. Les criquets pèlerins sont capables de se déplacer sur de longues distances, affectant plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sahel.
Dans ces régions, où l’agriculture reste fortement dépendante des conditions climatiques, une telle propagation pourrait fragiliser la sécurité alimentaire et accentuer les vulnérabilités économiques.
Le rôle déterminant du climat
L’épisode en cours illustre également le rôle du climat dans l’émergence de ces phénomènes. Les précipitations inhabituelles dans les zones désertiques créent des conditions idéales pour la reproduction des criquets.
Ce lien entre variabilité climatique et risques acridiens renforce les inquiétudes des experts, qui observent une intensification des événements météorologiques extrêmes dans plusieurs régions africaines.
Anticiper plutôt que subir
Pour l’heure, les autorités et les organismes spécialisés restent dans une logique de surveillance et de prévention. L’objectif est d’intervenir avant la formation d’essaims, moment à partir duquel le contrôle devient beaucoup plus difficile.
L’histoire récente a montré que les invasions de criquets peuvent avoir des conséquences majeures sur les économies rurales. C’est précisément pour éviter ce scénario que ces alertes précoces sont prises au sérieux.
Car dans ce type de crise, tout se joue en amont : lorsque les signaux sont encore faibles, mais que la trajectoire du phénomène commence déjà à se dessiner.
La Rédaction

