La tension a brutalement franchi un seuil critique entre le Pakistan et l’Afghanistan. Vendredi 27 février, Islamabad a annoncé être désormais en « guerre ouverte » contre les autorités talibanes, après une série de frappes aériennes et d’opérations terrestres ayant visé Kaboul et Kandahar. Cette escalade marque l’un des épisodes les plus graves entre les deux voisins depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021.
Une déclaration aux accents martiaux
Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a affirmé que « la patience a atteint ses limites ». Dans la foulée, le Premier ministre Shehbaz Sharif a déclaré que les forces armées pakistanaises avaient la capacité « d’écraser toute ambition agressive ». Le ton est désormais celui d’un conflit assumé, sur fond de bombardements croisés et d’attaques frontalières.
Puissance nucléaire, le Pakistan se retrouve engagé dans une confrontation directe avec son voisin afghan, dirigé par les talibans depuis août 2021. Les relations bilatérales se sont fortement dégradées ces derniers mois, notamment après les affrontements d’octobre ayant fait plus de 70 morts cumulés.
Frappes sur Kaboul et Kandahar
Vendredi à l’aube, des explosions ont retenti à Kaboul et Kandahar. Islamabad affirme avoir ciblé des positions de la défense talibane, notamment dans la province de Paktia. Le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, a évoqué des « cibles militaires précises ».
Les autorités talibanes, par la voix de leur porte-parole Zabihullah Mujahid, ont confirmé les frappes tout en assurant qu’elles n’avaient pas causé de victimes. Dans le même temps, Kaboul revendique des attaques « à grande échelle » contre des positions pakistanaises le long de la frontière.
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Offensive terrestre et pertes revendiquées
Jeudi, l’armée afghane avait lancé une offensive contre des installations frontalières pakistanaises. Selon le ministère afghan de la Défense, huit soldats afghans ont été tués. Kaboul affirme également avoir infligé de « lourdes pertes » aux forces pakistanaises, capturant plusieurs soldats — une version contestée par Islamabad.
Les provinces de Nangarhar et de Kunar auraient servi de base aux opérations afghanes, visant des avant-postes pakistanais dans la région de Khyber Pakhtunkhwa. Chaque camp accuse l’autre d’avoir ouvert les hostilités.
Civils touchés et inquiétude régionale
Le cycle de représailles trouve son origine dans des frappes pakistanaises menées le week-end précédent dans les provinces afghanes de Nangarhar et de Paktika, en réponse à des attentats-suicides sur le sol pakistanais. Selon la mission des Nations unies en Afghanistan, au moins 13 civils ont été tués. Les autorités talibanes avancent un bilan plus lourd.
L’Iran, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, s’est dit prêt à faciliter un dialogue. D’autres médiations, notamment du Qatar, de la Turquie et récemment de l’Arabie saoudite, n’ont jusqu’ici pas permis d’instaurer un cessez-le-feu durable.
Une frontière explosive
Depuis 2021, Islamabad accuse Kaboul d’abriter des groupes armés responsables d’attaques sur son territoire — ce que les autorités talibanes démentent fermement. Les principaux points de passage terrestres restent largement fermés, accentuant la pression économique et humanitaire.
La proclamation d’une « guerre ouverte » fait craindre un conflit prolongé dans une région déjà instable. À l’heure où les bombardements se répondent coup pour coup, la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan apparaît plus que jamais comme l’un des foyers les plus inflammables d’Asie du Sud.
La Rédaction

