La mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23, survenue lors d’une frappe de drone près de Rubaya, a ravivé les combats dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), avec un accent particulier sur les sites miniers stratégiques.
Offensive coordonnée des FARDC
Depuis mercredi matin, les Forces armées de la RDC (FARDC), soutenues par les milices locales Wazalendo et appuyées par des drones, ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs positions du M23. Les combats les plus intenses se concentrent autour de Masisi, à proximité de Rubaya, site minier produisant entre 15 % et 30 % du coltan mondial, un minerai crucial pour l’industrie électronique. Pour le M23, le contrôle de ces zones est à la fois stratégique et économique.
Situation humanitaire préoccupante
La cité minière de Rubaya est coupée depuis mardi des réseaux de télécommunications : appels, Internet et services de mobile money sont suspendus. Dans une économie largement informelle, cette paralysie numérique accroît la vulnérabilité des populations. Les déplacements de civils se multiplient, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire et accentuant la crise humanitaire locale.
Kasenyi : un verrou stratégique
Les combats se concentrent également sur Kasenyi, point clé sur la route menant à Rubaya. Le M23, après avoir été chassé de Nyamaboko 1 par les Wazalendo, a lancé une contre-offensive pour reprendre Kasenyi et freiner la progression des forces gouvernementales. Des renforts en hommes et en munitions ont été signalés côté rebelle, confirmant l’importance stratégique de cette localité.
Extension régionale du conflit
Les affrontements ne se limitent pas au Nord-Kivu. Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, l’armée congolaise affronte des milices alliées au M23. Selon des sources locales, environ 5 000 soldats burundais participeraient aux opérations aux côtés des forces gouvernementales, illustrant la dimension régionale du conflit.
Perspectives et guerre des versions
Sur le réseau X, Bertrand Bisimwa, président du M23, accuse Kinshasa d’avoir rompu le cessez-le-feu proposé par l’Angola, dénonçant une « offensive généralisée » utilisant drones et artillerie lourde sur plusieurs axes, dont Rutigita (Minembwe), Kitazungura (Kalehe) et Rugezi. Le gouvernement congolais n’avait pas publié de communication officielle mercredi en fin de journée.
L’événement déclencheur
La reprise des combats fait suite à la mort de Willy Ngoma, sanctionné par l’Union européenne, les États-Unis et les Nations unies pour son rôle dans le groupe rebelle, notamment dans le recrutement forcé et le commerce illégal de minerais. Sa disparition, loin de désorganiser le M23, a été perçue comme une opportunité par Kinshasa, selon une source interne au mouvement.
Cessez-le-feu et médiation internationale
L’Angola avait proposé un cessez-le-feu à compter du 18 février, désormais largement caduc. Le président congolais Félix Tshisekedi, reçu à l’Élysée mercredi, a obtenu le soutien d’Emmanuel Macron, qui a insisté sur la nécessité d’une solution politique durable et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC.
Sur le terrain, pourtant, les combats se poursuivaient, soulignant l’instabilité chronique de l’est du pays où se mêlent enjeux miniers, rivalités locales et tensions régionales.
La Rédaction

