Tensions dans les Grands Lacs africains
Dans les couloirs feutrés du Siège des Nations Unies à New York, une tension inédite plane. Ce vendredi 12 décembre 2025, le Conseil de Sécurité de l’ONU (CSNU) se réunit en session extraordinaire pour examiner la situation explosive en République Démocratique du Congo (RDC). La ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu, vient de tomber entre les mains des rebelles du M23, soutenus par les forces armées rwandaises, compromettant gravement les accords de paix récemment signés à Washington le 4 décembre.
La convocation du CSNU intervient à la demande expresse de la RDC, appuyée par la France et les États-Unis, qui réclament des sanctions immédiates contre Kigali. Des milliers de civils sont en fuite, abandonnant leurs maisons et leurs biens, tandis que le lac Tanganyika devient le témoin silencieux d’une crise humanitaire qui prend des proportions dramatiques. La prise d’Uvira représente bien plus qu’un succès militaire : c’est un défi direct aux médiateurs internationaux, selon le Ministre des Affaires étrangères du Burundi.
Le président Félix Tshisekedi dénonce un « génocide lent perpétré par le Rwanda », tandis que le Burundi a fermé ses frontières, accueillant plus de 30 000 réfugiés fuyant la violence. La situation humanitaire se dégrade rapidement avec plus de 200 000 déplacés internes supplémentaires dans le Sud-Kivu en seulement un mois, s’ajoutant à des millions d’anciens déplacés. Les hôpitaux débordent, la faim menace et l’ONU elle-même alerte sur cette escalade dans ses rapports officiels.
Kinshasa exige du Conseil de Sécurité des mesures ciblées contre le Rwanda, incluant le gel des avoirs de responsables, un embargo sur les armes et la possible suspension de l’aide internationale. La France et les États-Unis soutiennent cette initiative, réclamant une réponse ferme pour restaurer la crédibilité des pourparlers de paix. « Le Rwanda défie le monde entier », avertit la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner.
À 10 heures du matin, les 15 membres du CSNU, des puissances mondiales aux représentants africains, examineront les violations flagrantes de la Résolution 2773 (février 2025), le blocage des accords de Luanda, Doha et Washington, ainsi que l’urgence humanitaire dans les zones contrôlées par le M23. Le Groupe de Contact International pour les Grands Lacs prévient : sans retrait du M23 d’Uvira dans les 48 heures, les sanctions seront appliquées.
Cependant, des obstacles diplomatiques majeurs subsistent. La Russie et la Chine pourraient bloquer toute résolution contraignante, tandis que le Rwanda accuse Kinshasa et le Burundi de complot, invoquant des arguments historiques pour justifier ses actions. L’enjeu dépasse Uvira : c’est la stabilité de toute la région des Grands Lacs, riche en minerais mais fragile politiquement, qui est en jeu.
Pour la RDC, cette réunion n’est pas seulement une formalité : c’est une bataille pour la survie, un test de la capacité de l’ONU à protéger la souveraineté d’un État face à une agression étrangère. Vendredi, l’Afrique retiendra son souffle.
La Rédaction

