Le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a exprimé ce mercredi une préoccupation majeure concernant l’accord bilatéral signé entre le Royaume-Uni et la République de Maurice sur l’archipel des Chagos. Selon le Comité, cet accord, conclu le 22 mai 2025, risque de perpétuer les violations historiques des droits du peuple chagossien, tout en masquant des enjeux stratégiques d’envergure mondiale.
Souveraineté formelle, droits réels niés
L’archipel des Chagos, situé dans l’océan Indien, a été détaché de Maurice en 1965, quelques années avant l’indépendance de l’île. Depuis cette époque, les Chagossiens ont été expulsés de force, principalement pour permettre l’installation d’une base militaire américano-britannique sur Diego Garcia, aujourd’hui pivot stratégique de l’OTAN dans l’océan Indien.
Le nouvel accord prévoit le transfert officiel de la souveraineté à Maurice, mais interdit explicitement le retour des Chagossiens sur leurs terres ancestrales. Il limite également leur accès à leur patrimoine culturel et à leurs pratiques traditionnelles, cristallisant ainsi un conflit latent entre souveraineté étatique et droits des populations déplacées.
L’absence de consultation : un manquement aux normes internationales
Le CERD dénonce l’exclusion totale du peuple chagossien des négociations. Le Comité rappelle que les populations autochtones ou déplacées doivent être pleinement consultées dans tout processus décisionnel affectant leurs droits fonciers et culturels, conformément aux conventions internationales sur les droits humains.
Pour le CERD, l’accord illustre un paradoxe : il officialise un transfert de souveraineté, tout en maintenant un statu quo discriminatoire pour le peuple chagossien, consolidant une injustice historique qui perdure depuis six décennies.
Une dimension militaire et géopolitique sous-jacente
Diego Garcia, l’île la plus stratégique de l’archipel, abrite une base militaire américaine et britannique majeure, essentielle pour le contrôle maritime et aérien de l’océan Indien. Ce site est également un élément clé dans la projection de puissance américaine et britannique en Asie et au Moyen-Orient.
Pour certains analystes, l’accord sert davantage les intérêts géopolitiques que les droits humains : la souveraineté de Maurice est reconnue sur le papier, mais le contrôle réel de Diego Garcia reste aligné sur les priorités militaires occidentales, limitant de facto la portée du retour des Chagossiens et de leur accès à l’archipel.
Une question postcoloniale et diplomatique complexe
Cette situation illustre la complexité des relations postcoloniales où souveraineté étatique, enjeux militaires et droits historiques des populations déplacées s’entrechoquent. La Cour internationale de Justice avait déjà recommandé en 2019 que le Royaume-Uni restaure la souveraineté à Maurice et facilite le retour des Chagossiens, mais l’accord de 2025 semble ignorer la dimension humaine au profit de la stratégie militaire.
Pour le CERD, la diplomatie ne peut se contenter de formalités légales : elle doit intégrer une justice réparatrice, garantissant la participation des Chagossiens et la protection de leurs droits culturels et fonciers. Sans cela, l’accord risque de perpétuer une discrimination historique, en dépit des évolutions légales et diplomatiques.
Vers un rééquilibrage nécessaire
Le CERD appelle les deux parties à revoir l’accord, en intégrant pleinement le peuple chagossien dans les décisions affectant ses terres et sa culture. Il s’agit d’une étape indispensable pour réconcilier souveraineté, sécurité internationale et justice historique, et pour éviter que la diplomatie ne devienne un instrument d’exclusion.
La Rédaction

