Quand un meurtrier se déclare loup et force l’Espagne du XIXᵉ siècle à questionner les frontières du crime et de la folie.
L’ombre d’un loup dans les montagnes galiciennes
Né en 1809 à Regueiro, en Galice, Manuel Blanco Romasanta est aujourd’hui reconnu comme le premier tueur en série officiellement documenté en Espagne. La légende du « Loup-garou de Galice » naît de récits locaux : certaines victimes disparaissaient mystérieusement dans les montagnes, dévorées ou mutilées, laissant derrière elles une peur tenace dans les villages isolés.
Romasanta, lui, se distingue par un élément unique dans l’histoire criminelle : il affirme être victime d’une malédiction de lycanthropie, convaincu qu’il se transforme en loup et que ses crimes échappent à sa volonté humaine.
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Une série de meurtres inexpliqués
Entre 1844 et 1852, il avoue 13 meurtres, tous perpétrés sur des proches ou des voyageurs vulnérables dans des villages reculés. La plupart des victimes sont des femmes, souvent isolées, ou des membres de sa famille élargie. Sa confession intrigue et inquiète à la fois : certains croient à la sincérité de sa malédiction, d’autres à un prétexte pour masquer un mobile plus sordide.
Son modus operandi est brutal mais systématique : il attire les victimes dans des zones reculées et les assassine à l’aide d’armes blanches ou par strangulation. La pauvreté, l’isolement des villages et la faible présence policière facilitent sa fuite et entretiennent les mythes autour du loup-garou.
Le procès : entre folklore et médecine
L’un des aspects les plus fascinants de l’affaire est le procès de Romasanta, qui se déroule dans les années 1850. Les magistrats sont confrontés à un dilemme inédit : comment juger un homme qui prétend agir sous l’influence d’une malédiction lycanthrope ?
Les débats mêlent :
•Psychiatrie naissante, avec des médecins tentant de diagnostiquer une maladie mentale
•Superstition populaire, influencée par les croyances rurales en loup-garou
•Médecine pratique, cherchant des preuves physiques des crimes et des blessures sur le corps de Romasanta
Au final, le tribunal reconnaît la responsabilité criminelle de Romasanta mais prend en compte ses troubles psychologiques déclarés. Il est condamné à mort, peine commuée plus tard en réclusion à perpétuité, devenant ainsi un symbole complexe : ni totalement monstre, ni totalement humain, mais un miroir des croyances et limites de la justice de l’époque.
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Un héritage criminel et culturel
L’affaire Romasanta dépasse le simple cadre judiciaire : elle influence la culture populaire espagnole et européenne, inspirant contes, romans, films et études criminologiques. Elle illustre la frontière ténue entre mythe et réalité, folie et responsabilité, et reste un exemple précoce de la difficulté à comprendre le crime au XIXᵉ siècle.
Aujourd’hui, Manuel Blanco Romasanta est étudié dans les facultés de criminologie comme le prototype du tueur en série mythique, mêlant folklore, pathologie et violence réelle.
La Rédaction
Sources & références
•Encyclopédie Britannica — Manuel Blanco Romasanta, biographie et procès
•Archive historique espagnole : tribunal de Galice, années 1850
•Morales, F. El Hombre Lobo de Allariz: Crimen y Mito en Galicia (2002)
•García, L. Criminalité et superstition en Espagne du XIXᵉ siècle (2010)
•Publications universitaires espagnoles sur la lycanthropie et le droit pénal historique

