Un organe panafricain pour structurer l’avenir numérique
L’Afrique franchit un cap décisif dans la gouvernance technologique. L’Alliance Smart Africa, aux côtés de la Commission de l’Union africaine et de l’Union internationale des télécommunications, a officialisé la mise en place du Conseil africain de l’intelligence artificielle, une instance multidisciplinaire chargée d’orienter et de coordonner le déploiement de l’IA sur l’ensemble du continent. Sa mission : harmoniser les politiques publiques, guider les investissements et préparer les États à une transformation technologique durable.
Une composition qui reflète l’équilibre continental
Après plusieurs mois de concertations, la liste des membres réunis au sein du Conseil affiche une diversité géographique et thématique rare. On y retrouve des responsables gouvernementaux, des experts du secteur privé et des chercheurs de premier plan, tous engagés dans la construction d’un modèle africain de l’intelligence artificielle.
Parmi les personnalités phares figurent :
• Cina Lawson, ministre de l’Économie numérique du Togo, reconnue pour ses réformes structurelles visant à moderniser l’écosystème télécoms et numérique.
• Karim Beguir, cofondateur d’InstaDeep, figure majeure de l’IA appliquée en Afrique, à la croisée de la recherche avancée et de l’entrepreneuriat technologique.
• Yasser Shaker, directeur général d’Orange Moyen-Orient et Afrique, acteur déterminant dans la connectivité, les données et l’infrastructure — trois piliers essentiels pour un développement massif de l’IA.
Autour d’eux, des universitaires, des ingénieurs, des directeurs d’entreprises technologiques et des responsables de grandes fondations internationales complètent une structure conçue pour offrir une vision globale et opérationnelle.
Un mandat stratégique pour éviter la dépendance technologique
L’objectif du Conseil africain de l’IA est clair : permettre au continent de ne pas subir l’innovation, mais de la maîtriser, en définissant ses propres normes de gouvernance, ses priorités et ses cas d’usage.
Trois chantiers prioritaires se dégagent :
1. Harmonisation des cadres réglementaires
Les pays africains développent aujourd’hui des lois et stratégies d’IA de manière isolée. Le Conseil doit coordonner ces efforts, proposer des référentiels communs et garantir un développement qui protège les données et les droits fondamentaux.
2. Développement des talents et soutien à l’innovation
L’Afrique connaît une explosion des formations en IA, des hubs technologiques et des start-up spécialisées. Le Conseil ambitionne de structurer ces initiatives, d’accélérer le transfert de compétences et de favoriser l’émergence de chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs africains de classe mondiale.
3. Orientation des investissements et des infrastructures
L’IA nécessite des data centers, des réseaux performants, des ressources computationnelles et un financement adapté. Le Conseil jouera un rôle clé dans la mobilisation de capitaux publics et privés pour soutenir les projets stratégiques.
Un enjeu de souveraineté pour le continent
À l’heure où les grandes puissances mondiales — États-Unis, Chine, Europe — dominent le développement et les standards de l’intelligence artificielle, l’Afrique souhaite affirmer sa propre voie. Le Conseil se positionne comme un outil essentiel de souveraineté numérique, afin que les technologies déployées répondent réellement aux besoins des populations : agriculture intelligente, santé connectée, éducation numérique, énergie, gouvernance, services urbains.
L’initiative marque un moment charnière : celui d’un continent qui ne se contente plus d’adopter les innovations, mais entend participer activement à leur conception et à leur régulation.
La Rédaction

