Près de 15 ans après son indépendance, le Soudan du Sud traverse une crise politique et sécuritaire majeure. Arrestations d’opposants, affrontements meurtriers dans le nord et rivalité persistante entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar fragilisent le fragile accord de paix de 2018. Décryptage.
Un pouvoir paralysé par la rivalité Kiir-Machar
Depuis son indépendance en 2011, le président Salva Kiir domine la scène politique sud-soudanaise. Son adversaire historique, Riek Machar, a longtemps été son premier vice-président et demeure aujourd’hui chef de l’opposition. Cette rivalité s’enracine dans les divisions du mouvement de libération sud-soudanais et prend aussi une dimension ethnique : Kiir est Dinka, Machar est Nuer. Ces clivages, exploités tant par le pouvoir que par l’opposition, ont façonné les alliances militaires et nourri des cycles de vengeance qui continuent de fragiliser la cohésion nationale.
La naissance d’un État fragile
Le Soudan du Sud est officiellement né le 9 juillet 2011, après la victoire du « oui » lors du référendum d’autodétermination de janvier 2011. L’indépendance mettait fin à des décennies de conflits entre le nord et le sud du Soudan (1955-1972 ; 1983-2005). Dès le jour de la sécession, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a été déployée pour appuyer la sécurité et la consolidation de l’État. Mais la jeune nation a rapidement basculé dans la guerre civile, révélant la fragilité de ses institutions.
La guerre civile (2013-2018)
Deux ans après l’indépendance, la rivalité Kiir-Machar dégénère en conflit ouvert. En décembre 2013, des combats éclatent à Juba entre forces loyales au président et forces fidèles au vice-président. Le conflit est marqué par une extrême brutalité : massacres ethniques, viols systématiques, villages incendiés. Selon l’ONU, près de 400 000 personnes ont été tuées et plus de 4 millions déplacées. Après l’échec d’un premier accord en 2015, un nouvel accord signé en septembre 2018 ouvre la voie à un gouvernement d’union formé en 2020, avec Kiir comme président et Machar comme vice-président.
2025 : le fragile équilibre s’effondre
Depuis février 2025, la situation se détériore. Dans l’État du Haut-Nil, dans le nord-est, des affrontements opposent les forces pro-Kiir à une milice Nuer accusée de collaborer avec Machar. À Juba, plusieurs responsables de l’opposition sont arrêtés, tandis que Riek Machar est placé en résidence surveillée, puis inculpé pour trahison, meurtre et crimes contre l’humanité. L’ONU considère l’accord de 2018 comme la seule voie vers la stabilité, mais les violations du cessez-le-feu, les arrestations d’opposants et les décisions unilatérales du gouvernement mettent le fragile compromis en péril. Les élections prévues en 2026 semblent de plus en plus compromises.
Une crise humanitaire dramatique
Le conflit entraîne une crise humanitaire sans précédent. Plus de 7,5 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, avec 28 000 personnes menacées de famine. Les inondations récentes ont déplacé plus d’un million d’habitants. Les violences sexuelles restent endémiques, touchant 2,7 millions de femmes et de filles, tandis que le conflit au Soudan voisin alimente l’arrivée de plus d’un million de réfugiés, exerçant une pression énorme sur les infrastructures locales.
La communauté internationale appelle à un nouvel élan politique et régional pour sauver le pays d’un retour à la guerre civile et soutenir un processus électoral crédible. Le Soudan du Sud, malgré sa jeunesse, fait face à un défi majeur pour sa stabilité et sa survie en tant qu’État.
La Rédaction

