L’Alliance des Forces du Changement (AFC-M23) entend désormais exercer un contrôle total sur les territoires qu’elle administre. Dans un communiqué signé par Benjamin Bisimwa, coordonnateur adjoint du mouvement, le groupe rebelle annonce que tout ressortissant étranger souhaitant accéder aux espaces qu’il dit avoir “libérés” devra être muni d’un visa délivré par les autorités de l’AFC/M23.
Cette décision, publiée ce week-end sur les canaux officiels du mouvement, marque une nouvelle étape dans la volonté du M23 d’affirmer une forme de souveraineté parallèle sur certaines zones de l’est de la République démocratique du Congo.
Une mesure à portée politique
Selon le communiqué, l’objectif de cette exigence serait d’“organiser et sécuriser les accès aux territoires sous contrôle de l’AFC/M23, dans le respect de la souveraineté des peuples qui y vivent”.
Mais pour de nombreux observateurs, cette mesure s’apparente surtout à une tentative d’institutionnalisation du contrôle territorial du mouvement rebelle, en rupture directe avec l’autorité de Kinshasa.
L’instauration d’un “visa” symbolise une volonté d’autonomisation administrative, en contradiction avec les principes de souveraineté de la RDC. Elle pourrait également compliquer les déplacements des humanitaires, journalistes ou diplomates qui travaillent dans les zones affectées par le conflit.
Une provocation pour Kinshasa
Du côté du gouvernement congolais, aucune réaction officielle n’a encore été rendue publique, mais cette initiative du M23 risque d’être perçue comme un affront à l’État central.
Depuis plusieurs mois, l’armée congolaise tente de reprendre les territoires passés sous contrôle de la rébellion, soutenue selon Kinshasa par le Rwanda — ce que Kigali nie.
En agissant ainsi, l’AFC-M23 envoie un message clair : elle ne se considère plus comme un simple mouvement armé, mais comme une autorité de fait, dotée de ses propres règles et institutions.
Une zone grise entre guerre et administration
Sur le terrain, les populations civiles se retrouvent une fois de plus prises entre deux pouvoirs : celui du gouvernement congolais et celui des forces rebelles.
Si certains estiment que l’AFC-M23 tente d’instaurer un semblant d’ordre dans les zones qu’elle contrôle, d’autres y voient une stratégie d’occupation prolongée, susceptible d’enraciner davantage la division du pays.
La question reste désormais de savoir jusqu’où ira cette logique administrative et si la communauté internationale reconnaîtra — ou non — la validité de ces “visas”.
La Rédaction

