Sur les rives de la rivière Mutare, dans l’est du Zimbabwe, l’orpaillage illégal s’est transformé en une véritable industrie parallèle. Derrière les apparences d’une chasse à l’or artisanale se cache un système de corruption où policiers et orpailleurs marchent main dans la main.L’économie de survie derrière l’or illégalChaque jour, des centaines de jeunes chômeurs s’enfoncent dans les eaux boueuses de la Mutare avec des pelles, des pioches et des bassines en plastique. Pour beaucoup, ce travail dangereux reste la seule échappatoire à la pauvreté chronique. Un gramme d’or se négocie à près de 70 dollars sur le marché noir. Sur une bonne journée, un mineur peut extraire jusqu’à un demi-gramme.Mais cette quête a un prix. Le mercure et parfois le cyanure, utilisés pour amalgamer l’or, polluent gravement la rivière. Les eaux, autrefois vitales pour l’irrigation et l’élevage, sont désormais toxiques, mettant en péril les communautés locales.À lire aussi : Guyane – L’orpaillage clandestin, un fléau environnemental et socialQuand la corruption remplace la loiL’orpaillage alluvial est interdit au Zimbabwe depuis décembre 2024. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 12 mois de prison et des amendes de 5 000 dollars. Pourtant, sur le terrain, la répression se fait rare.La raison ? Les policiers chargés de surveiller la zone se transforment en partenaires informels des mineurs. Au lieu d’arrêter, ils encaissent des pots-de-vin en liquide, de 5 à 20 dollars par groupe, afin de « protéger » les activités illégales. Certains préviennent même les orpailleurs avant les descentes officielles, contre rémunération.Des communautés piégéesCe système de corruption bien huilé laisse les populations locales sans recours. Les pêcheurs et agriculteurs de Mutasa et Penhalonga voient leurs terres se dégrader sans qu’aucune autorité n’intervienne efficacement. Les associations environnementales dénoncent la complicité entre police et orpailleurs, mais leurs avertissements peinent à produire un changement durable.À lire aussi : Ghana – L’or artisanal piégé entre crime organisé, déforestation et corruptionUn fleuve en sursisLa Mutare, qui rejoint ensuite les rivières Odzi et Save avant de se jeter dans l’océan Indien, est aujourd’hui saturée de boues, de sédiments et de produits chimiques. Selon l’Agence de gestion de l’environnement du Zimbabwe (EMA), plus de 1 500 km de cours d’eau à travers le pays sont déjà gravement dégradés par l’orpaillage illégal.Pour les mineurs, continuer reste une question de survie économique. Pour les policiers corrompus, c’est un moyen de revenus rapides. Mais pour l’écosystème, chaque jour d’exploitation illégale rapproche la Mutare d’un point de non-retour.
La Rédaction

