Plus de 1 000 anciens travailleurs du secteur de la pêche namibien veulent être reconnus comme victimes dans une procédure pénale en Islande visant l’entreprise de pêche Samherji. Une démarche soutenue par Transparency International qui pourrait créer un précédent dans la reconnaissance des victimes étrangères de corruption transnationale.
Du littoral namibien aux tribunaux islandais, la quête de justice change d’échelle
Le scandale Fishrot, qui a ébranlé la Namibie depuis plusieurs années, connaît un nouveau développement au-delà des frontières africaines. Plus de 1 000 anciens employés du secteur de la pêche ont officiellement demandé aux autorités judiciaires islandaises d’être reconnus comme victimes dans une procédure liée aux accusations de corruption impliquant la société islandaise Samherji.
Cette démarche marque une nouvelle étape dans une affaire devenue emblématique des dérives possibles de la corruption internationale dans l’exploitation des ressources naturelles africaines.
Soutenus par Transparency International, les anciens travailleurs namibiens demandent aux procureurs islandais de reconnaître les conséquences humaines et sociales qu’ils associent au système présumé de corruption autour des licences de pêche.
Pour eux, les pertes ne se limitent pas à des irrégularités financières : elles auraient provoqué des suppressions d’emplois, une précarisation économique, des difficultés d’accès au logement et à l’alimentation ainsi que des conséquences psychologiques importantes.
Un combat pour une reconnaissance juridique des victimes
Au cœur de cette initiative se trouve une question juridique majeure : les victimes d’une corruption présumée commise dans un pays peuvent-elles obtenir une place dans une procédure judiciaire menée dans un autre État ?
Si les autorités islandaises acceptent leur demande, cette décision pourrait constituer un précédent important. Elle ouvrirait la voie à une meilleure reconnaissance des victimes étrangères dans les affaires de corruption impliquant des entreprises multinationales.
Traditionnellement, les procédures anticorruption se concentrent sur les auteurs présumés des faits et sur les pertes financières subies par les États. La démarche engagée par les travailleurs namibiens cherche à replacer les victimes humaines au centre du processus judiciaire.
Fishrot, un scandale au cœur des ressources marines namibiennes
L’affaire Fishrot trouve son origine dans des accusations de corruption liées à l’attribution de quotas de pêche en Namibie, un pays dont les ressources halieutiques représentent un secteur économique stratégique.
Plusieurs responsables politiques et hommes d’affaires namibiens ont été accusés d’avoir participé à un système permettant l’obtention illégale de droits de pêche en échange d’avantages financiers.
Samherji, l’une des principales entreprises de pêche islandaises, a été accusée d’avoir joué un rôle dans ce réseau présumé. L’entreprise a toujours contesté les accusations de corruption.
En Namibie, le dossier judiciaire concerne notamment d’anciens hauts responsables, dont l’ancien ministre de la Justice et procureur général Sacky Shanghala, ainsi que plusieurs hommes d’affaires accusés dans cette affaire.
La bataille judiciaire se poursuit en Namibie
Alors que les victimes tentent d’obtenir une reconnaissance en Islande, la procédure judiciaire continue également en Namibie.
La Haute Cour de Windhoek a récemment été confrontée à un nouveau rebondissement après la récusation du juge Boas Usiku. Le magistrat a estimé qu’il ne pouvait pas entendre l’affaire en raison de son amitié avec Paulus Noa, directeur général de la Commission anticorruption namibienne, également cité dans la procédure.
Cette décision a entraîné le report de l’audience.
Les accusés contestent la légalité des investigations menées par la Commission anticorruption. Ils affirment que certaines preuves auraient été obtenues au mépris de la Constitution et des lois namibiennes.
Ils demandent notamment l’arrêt des poursuites, estimant que les éléments utilisés contre eux proviennent d’enquêtes irrégulières.
Une affaire devenue un test pour la lutte mondiale contre la corruption
Pour les organisations anticorruption, l’affaire Fishrot dépasse désormais le cadre namibien.
Elle pose une question centrale à l’heure où les entreprises internationales opèrent dans plusieurs continents : comment garantir que les populations affectées par des pratiques corruptives puissent obtenir réparation lorsque les acteurs impliqués se trouvent dans différents systèmes judiciaires ?
La demande déposée en Islande par les anciens travailleurs namibiens illustre cette évolution de la justice anticorruption. Les victimes ne veulent plus seulement voir les responsables sanctionnés ; elles réclament également d’être reconnues comme des acteurs à part entière du processus judiciaire.
Dans cette affaire, l’enjeu dépasse donc le remboursement d’un préjudice passé. Il touche à la capacité des systèmes judiciaires internationaux à répondre aux conséquences humaines de la corruption transfrontalière.
La Rédaction

