Vers une révolution monétaire en Afrique de l’Ouest ? Le projet de monnaie unique de la CEDEAO, baptisé Eco, franchit une nouvelle étape. Lors d’une rencontre officielle à Banjul, le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a annoncé que l’Eco sera lancé en 2027. Une échéance désormais officielle, après plusieurs années de reports.
Un vieux rêve ouest-africain
Depuis plus de deux décennies, l’union monétaire figure parmi les grandes ambitions de la CEDEAO. L’Eco, censée incarner cette intégration économique, devait initialement voir le jour en 2020. Mais la crise sanitaire, les divergences économiques entre États membres et le non-respect des critères de convergence ont repoussé l’échéance à maintes reprises.
L’échéance 2027 : réalisme ou nouvelle illusion ?
L’annonce de 2027 intervient dans un contexte plus exigeant. Pour réussir, les quinze pays de la CEDEAO doivent remplir des critères macroéconomiques stricts : inflation maîtrisée, déficit budgétaire limité, stabilité du taux de change, entre autres. Or, à ce jour, peu d’États les respectent durablement.
Autre défi majeur : le Nigeria. Poids lourd économique et démographique de la région, son rôle sera déterminant. Sans l’adhésion du géant nigérian, la viabilité de l’Eco est largement remise en question. À l’inverse, une participation active du Nigeria pourrait donner une envergure décisive au projet.
Un symbole fort d’intégration régionale
Malgré les retards et les critiques, l’Eco reste un symbole politique fort. Il témoigne de la volonté des pays d’Afrique de l’Ouest de sortir de la dépendance monétaire, notamment vis-à-vis du franc CFA pour huit des membres. Pour les autres, comme le Ghana ou le Nigeria, il s’agirait d’abandonner leur devise nationale pour une monnaie commune.
Omar Alieu Touray a insisté : « L’engagement des États membres est ferme. 2027 doit être l’année du changement. » La CEDEAO compte donc sur la coordination renforcée de ses membres pour accélérer les réformes.
Enjeux économiques et géopolitiques
Derrière l’Eco se joue une bataille plus large : l’affirmation de la souveraineté monétaire de l’Afrique de l’Ouest, l’accélération de l’intégration économique et une réponse concrète aux critiques sur la dépendance au franc CFA. Mais le projet reste complexe, car il implique la création d’une banque centrale régionale, la définition d’une politique monétaire commune et un consensus politiqueencore fragile.
La Rédaction

