Une route de plus en plus empruntée, de plus en plus risquée. Depuis quelques mois, Kamsar, une ville portuaire du nord-ouest de la Guinée, s’est discrètement imposée comme un nouveau point de départ pour les embarcations clandestines en direction des îles Canaries. À l’origine bastion de la pêche artisanale, ce port devient peu à peu un hub de la migration irrégulière, sur une route maritime parmi les plus périlleuses de la planète.
Une trajectoire plus longue et plus mortelle
Les garde-côtes mauritaniens ont récemment intercepté deux pirogues parties de Guinée, témoignant de l’intensification de ces traversées. Pourtant, cette route vers les Canaries, longue de 2 200 kilomètres, est bien plus dangereuse que celle qui part des côtes sénégalaises, plus au nord, distantes de 750 km de moins. Ce détour mortel est désormais emprunté en raison de la fermeture progressive d’autres routes migratoires, notamment au Sénégal et en Mauritanie, après des accords sécuritaires passés avec l’Espagne.
Des pêcheurs devenus passeurs malgré eux
Mohamed Diallo, président de l’Organisation guinéenne contre la migration irrégulière, alerte sur la recrudescence des tentatives. “Ce sont souvent des pêcheurs, habitués à la mer, qui organisent ces traversées. Le premier convoi recensé comportait 15 personnes, femmes et enfants compris”, explique-t-il. La complicité de certains travailleurs du port de Kamsar rend la tâche plus facile pour les candidats à l’exil. Mais l’issue est rarement heureuse.
Des familles endeuillées, des disparus sans nom
Le danger est constant. Diallo rapporte que “des journalistes espagnols sont venus avec des listes de disparus pour identifier des familles”. Ces disparitions tragiques s’inscrivent dans un bilan glaçant : plus de 10 000 personnes ont péri en 2024 dans l’Atlantique en tentant de rejoindre l’Europe, selon l’ONG Caminando Fronteras.
Une pression migratoire déplacée, mais non résolue
Tandis que les efforts espagnols pour freiner les départs depuis Dakar ou Nouakchott ont porté leurs fruits, c’est vers la Guinée que la pression migratoire semble se déplacer. Mais à quel prix ? Faute d’alternatives crédibles sur le plan économique et d’une sensibilisation à grande échelle sur les dangers de la traversée, les côtes guinéennes risquent de devenir le nouveau cimetière de l’Atlantique.
La Rédaction

