Les ateliers résonnent du vide. Les machines à coudre sont silencieuses. Au Lesotho, petit royaume enclavé d’Afrique australe, les usines textiles, naguère moteurs de l’économie locale, vivent une crise aiguë provoquée par la politique commerciale américaine.
Une industrie étranglée par l’incertitude
Depuis l’annonce par Donald Trump du retour des droits de douane sur certains produits manufacturés à destination des États-Unis, l’activité des usines de confection du Lesotho s’est effondrée. Chez Tzicc’s, l’un des fleurons de ce secteur, la chaîne de production s’est arrêtée net. Les derniers vêtements ont été livrés dans l’urgence, avant la reprise programmée des taxes douanières.
Mais cette course contre la montre a tourné court. Rahila Omar, responsable de la conformité de l’usine, déplore un contrecoup brutal :
« Dès l’annonce des droits de douane, nous avons eu des allers-retours avec nos acheteurs. Aucun suivi. Et lorsque les États-Unis ont suspendu brièvement la mesure, nous avons terminé les commandes trop tôt. Résultat : plus de commandes, plus de travail. »
Les familles en première ligne
Comme des milliers d’ouvriers du textile, Mapontso Mathunya, employée dans la salle de coupe, a été licenciée. Elle peine désormais à subvenir aux besoins de ses enfants :
« J’ai deux enfants. L’un est à la maternelle, l’autre au primaire. Depuis que j’ai perdu mon emploi, c’est un combat au quotidien. Mon mari n’a pas de poste fixe. La vie est devenue très dure. »
Le secteur textile constitue la principale source d’emplois privés au Lesotho, avec plus de 30 000 travailleurs en 2024. La fragilité de cette économie dépendante d’un marché unique rend la situation d’autant plus alarmante.
Un déséquilibre structurel
Le gouvernement tente de plaider la cause du pays face à l’administration américaine. Pour Mokhethi Shelile, ministre du Commerce, de l’Industrie et des Petites Entreprises, la stratégie de Trump est contre-productive :
« Le Lesotho est une petite économie. Le déficit commercial entre nous et les États-Unis est naturel, vu l’écart de puissance économique. Ces droits de douane ne feront qu’aggraver les inégalités et priver notre pays des devises nécessaires pour acheter des produits américains. »
En avril, les nouvelles grilles tarifaires annoncées par Washington plaçaient le Lesotho en tête des pays les plus taxés, avec des taux 50 % supérieurs à ceux appliqués à la Chine. Une décision dénoncée comme disproportionnée par plusieurs partenaires africains.
Malgré un léger assouplissement — les États-Unis ont temporairement réduit les droits à 10 % —, l’industrie locale reste suspendue à l’annonce officielle des nouveaux barèmes douaniers, attendue ce vendredi 1er août. L’inquiétude est palpable.
La Rédaction

