Signés en 2001 pour apaiser une crise politique majeure, les Accords de Fomboni constituent depuis près d’un quart de siècle le socle institutionnel de l’Union des Comores. Ce compromis a mis fin à la tentative de sécession de l’île d’Anjouan, en instaurant un système inédit dans la région : une présidence tournante entre les trois îles principales — Grande Comore, Mohéli et Anjouan. À tour de rôle, chacune devait accéder à la magistrature suprême, pour un mandat unique de cinq ans. L’objectif était de garantir un équilibre du pouvoir et de préserver la cohésion nationale dans un archipel marqué par des identités insulaires fortes.
Mais aujourd’hui, ce mécanisme clé semble de nouveau menacé. En appelant à une réévaluation des Accords, le président Azali Assoumani rouvre un débat sensible, ravivant les tensions politiques et les soupçons d’agenda caché.
Un accord né des fractures insulaires
Les Accords de Fomboni sont le fruit de longues négociations entre les représentants des îles, organisées après l’épisode traumatique de 1997, lorsque l’île d’Anjouan avait tenté de faire sécession. À l’époque, la défiance envers le pouvoir central était telle que seule une solution radicale, mais inclusive, pouvait maintenir l’unité.
L’accord prévoyait non seulement une présidence tournante, mais aussi une autonomie relative pour chaque île, avec ses propres institutions. Cette architecture visait à répondre aux frustrations locales tout en consolidant l’idée d’un État commun.
Le pouvoir évoque un « devoir de mémoire »
Plus de vingt ans après, le président Azali estime qu’un « bilan » est nécessaire. Son entourage affirme que cette démarche vise à revisiter les accords, non à les supprimer. Pour Houmed Msaidié, conseiller politique du chef de l’État, il s’agit de « reconnaître les erreurs du passé pour mieux les corriger », et de « renforcer l’unité nationale dans un esprit de réconciliation ».
Le gouvernement insiste sur le fait que ces accords ont été signés dans un contexte très particulier — celui d’une menace de dislocation — et qu’il est légitime, dans un pays en mutation, d’en interroger la pertinence actuelle.
Une opposition vent debout
Mais pour l’opposition, cette initiative est loin d’être neutre. Elle y voit une tentative du président Azali de consolider son pouvoir en s’affranchissant des règles établies en 2001. Daoudou Abdallah Mohamed, leader du parti d’opposition Orange, rejette catégoriquement l’idée d’une rencontre sur les Accords : « Ce n’est pas un exercice de mémoire, c’est une manœuvre pour démanteler la présidence tournante et prolonger son règne ».
Il accuse le président d’instrumentaliser les institutions, de manipuler l’opinion et de préparer une dérive dynastique, au mépris du fragile équilibre inter-insulaire.
Une unité nationale incertaine
À ce jour, aucune date officielle n’a été annoncée pour un éventuel dialogue sur la révision des Accords de Fomboni. Mais la simple perspective d’un tel chantier suffit à diviser profondément la classe politique et à inquiéter une partie de la population.
Car au-delà des enjeux techniques, c’est bien la stabilité institutionnelle du pays qui est en jeu. Supprimer ou même affaiblir la présidence tournante reviendrait, pour certains, à rouvrir la boîte de Pandore du séparatisme, dans un archipel dont l’histoire politique reste marquée par les ruptures, les frustrations et les non-dits.
La Rédaction

