C’est un précédent historique que personne d’autre n’a suivi. L’Afrique du Sud est, à ce jour, la seule nation ayant volontairement démantelé son arsenal nucléaire, après l’avoir développé jusqu’à son aboutissement. Ce désarmement singulier a été officialisé en mars 1993 par Frederik de Klerk, dernier président de l’apartheid, lors d’un discours devant le Parlement.
Tout avait commencé dans les années 1960, lorsque Pretoria lançait des recherches dans le domaine nucléaire, profitant de ses importantes réserves d’uranium. Officiellement, le programme était civil. Mais le contexte géopolitique de la Guerre froide et l’expansion soviétique sur le continent africain ont poussé le régime ségrégationniste à militariser ses ambitions.
Dans les années 1970, une filière secrète se met en place. Une usine d’enrichissement de l’uranium est construite à Pelindaba, non loin de Pretoria. L’aide de plusieurs puissances étrangères – dont Israël, la France ou l’Allemagne de l’Ouest – est soupçonnée. En 1977, un essai nucléaire souterrain est même envisagé. Mais Washington, inquiet, intervient et parvient à faire capoter le projet.
Malgré cela, l’Afrique du Sud réussit à fabriquer six bombes atomiques, d’une puissance comparable à celle larguée sur Hiroshima. Une septième est en cours de finalisation quand, au début des années 1990, le contexte international bascule. La chute de l’Union soviétique, la fin de la Guerre froide et les négociations vers la démocratie incitent Frederik de Klerk à abandonner l’option nucléaire.
Les bombes sont démantelées. L’Afrique du Sud adhère au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Ce choix, mûrement réfléchi, a marqué l’histoire : aucun autre État n’a, depuis, volontairement renoncé à son arsenal après en avoir maîtrisé la technologie.
La Rédaction

