Un dossier explosif qui a ébranlé l’État malien en 2014 refait surface devant la justice, plus de dix ans après les faits. L’ancienne ministre de l’Économie, Bouaré Fily Sissoko, a été condamnée à dix ans de prison ferme pour son rôle dans l’achat controversé d’un avion présidentiel et d’équipements militaires hors procédures légales.
L’affaire remonte à 2014, lorsque le gouvernement malien, alors dirigé par le président Ibrahim Boubacar Keïta, avait acquis un avion présidentiel d’une valeur estimée à 40 millions de dollars ainsi que du matériel militaire auprès d’une société malienne. Ces acquisitions, réalisées sans appel d’offres, avaient provoqué un tollé national et international. Le scandale avait entraîné la suspension temporaire des aides financières du FMI au Mali, en raison de « graves irrégularités » dans la gestion des fonds publics.
Plus d’une décennie plus tard, la justice malienne a tranché. Le 8 juillet 2025, la Cour d’assises de Bamako a condamné Bouaré Fily Sissoko à dix ans de prison ferme pour « atteinte aux biens publics ». Ancienne ministre de l’Économie sous IBK, elle devient l’une des figures politiques les plus haut placées à écoper d’une peine aussi lourde dans ce dossier emblématique.
Un autre acteur central, Moustapha Ben Barka, ex-ministre et ancien vice-président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. Il ne s’est pas présenté au procès.
Une affaire aux multiples ramifications
Trois autres accusés ont également été condamnés, dont le colonel-major Nouhoum Dabitao, qui écope de sept ans de prison pour « faux et usage de faux » dans les marchés publics liés à l’équipement militaire.
La cour a en outre ordonné que cinq des accusés, dont Bouaré Fily Sissoko et Moustapha Ben Barka, versent solidairement 40 milliards de francs CFA à l’État malien, soit environ 60 millions d’euros. Le colonel Dabitao devra quant à lui rembourser 2 milliards de francs CFA.
Cette affaire est régulièrement citée par la junte militaire actuellement au pouvoir comme symbole de la mauvaise gouvernance sous l’ancien régime civil. Pour l’avocat de l’ancienne ministre, Me Tounkara Dianguina, le verdict est injuste : « Ma cliente paye pour les autres, notamment les morts », a-t-il dénoncé, évoquant un jugement politique. Il a annoncé son intention de se pourvoir en cassation.
La mort en détention de Soumeylou Boubèye Maïga
Cette affaire avait déjà coûté la liberté, puis la vie, à une autre figure politique malienne : Soumeylou Boubèye Maïga. Ancien Premier ministre et ministre de la Défense au moment des faits, il avait été arrêté en 2021 pour « corruption » et « trafic d’influence » dans le cadre de ce dossier. Il est mort en détention en mars 2022, sans avoir été jugé, dans des conditions que ses partisans ont qualifiées de négligence volontaire de la part des autorités.
La condamnation de Bouaré Fily Sissoko marque donc un nouvel épisode judiciaire dans cette affaire tentaculaire, devenue un marqueur des dérives de la gouvernance malienne avant l’intervention des militaires en 2020.
La Rédaction

