Copenhague veut briser le blocage hongrois et relancer l’élargissement de l’Union vers l’Est
Alors qu’il assure depuis le 1er juillet 2025 la présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne, le Danemark annonce vouloir jouer un rôle moteur pour faire avancer les négociations d’adhésion de l’Ukraine, bloquées par le veto persistant de la Hongrie.
Marie Bjerre, ministre danoise des Affaires européennes, n’a pas mâché ses mots lors d’un échange avec la presse à Aarhus : « Nous exercerons une pression maximale sur la Hongrie pour qu’elle lève son veto. » Pour Copenhague, l’adhésion de l’Ukraine ne constitue pas seulement une promesse politique, mais un impératif stratégique pour la stabilité du continent.
Une promesse de solidarité face à Moscou
L’élargissement de l’Union européenne vers l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux reste suspendu à l’unanimité des États membres. Mais Budapest, par la voix de Viktor Orbán, campe sur une opposition inflexible. Lors du dernier sommet européen, le Premier ministre hongrois s’est appuyé sur une consultation nationale — dont 95 % des 2,3 millions de participants ont rejeté l’adhésion ukrainienne — pour justifier son veto.
Pour la ministre danoise, céder au blocage hongrois reviendrait à trahir la promesse faite aux Ukrainiens en pleine guerre : « C’est vital pour eux. C’est vital pour notre sécurité commune. »
Un héritage polonais inachevé
La présidence danoise hérite d’un dossier resté au point mort sous la présidence précédente assurée par la Pologne. Aucun progrès n’a été enregistré concernant l’ouverture du premier chapitre de négociation, dit des « Fondamentaux » (droits humains, démocratie, état de droit).
Mais Marie Bjerre entend faire bouger les lignes, quitte à envisager des scénarios inédits : « Nous sommes prêts à tout, politiquement comme pratiquement, pour faire avancer le dossier ukrainien et celui des autres pays candidats. »
Budapest isolée, mais incontournable
L’attitude de la Hongrie, qui entretient des liens ambigus avec Moscou, reste le principal obstacle. Viktor Orbán ne cache pas son hostilité à une Ukraine européenne, invoquant un risque de « contamination militaire » de l’Union. « Si l’Ukraine entre dans l’UE alors qu’elle est en guerre, cela signifie que l’UE est en guerre. Et nous ne voulons pas de cela », a-t-il déclaré à Bruxelles.
Pour la Commission européenne, ces arguments ne tiennent pas : les conditions fixées à Kyiv ont été remplies, et rien ne justifie objectivement ce blocage.
Faut-il dissocier la Moldavie de l’Ukraine ?
Face à l’impasse, une idée gagne du terrain dans les cercles diplomatiques : permettre à la Moldavie — qui bénéficie du soutien de Budapest — de poursuivre son processus d’adhésion de manière indépendante. Un découplage risqué, qui pourrait être perçu comme un abandon de l’Ukraine en pleine guerre, et fragiliser la crédibilité de l’UE.
Le Danemark, en tant que président du Conseil, devra arbitrer ce débat explosif dans les semaines à venir. Une chose est sûre : Copenhague ne compte pas faire de cette présidence un simple exercice protocolaire.
La Rédaction

