Cuba traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire récente. L’expression « au bord de l’asphyxie » n’est plus une métaphore journalistique : elle décrit un pays confronté simultanément à une crise énergétique, économique, sociale et politique. Entre coupures d’électricité massives, inflation galopante, effondrement productif et départs massifs de la population, l’île caribéenne semble enfermée dans une dynamique de survie permanente.
Une urgence énergétique qui paralyse le pays
Le cœur de la crise cubaine est aujourd’hui énergétique. Les centrales thermiques, vieillissantes et dépendantes du carburant importé, fonctionnent de manière intermittente. Faute de pétrole suffisant, les autorités sont contraintes d’imposer des délestages quotidiens pouvant durer plus de dix heures dans certaines provinces.
Cette instabilité électrique touche tous les secteurs : hôpitaux, systèmes de pompage d’eau, transports, conservation des aliments, télécommunications. Dans de nombreuses villes, les commerces ferment par manque d’électricité et de carburant, aggravant la pénurie de produits de base. L’économie informelle, déjà omniprésente, devient pour beaucoup la seule option de subsistance.
Une économie en chute libre
Depuis plusieurs années, Cuba vit une contraction profonde de son économie. La production sucrière, autrefois pilier national, est tombée à des niveaux historiquement bas. Le tourisme, principale source de devises, ne retrouve pas son dynamisme d’avant la pandémie, tandis que l’inflation dévore les salaires.
La réforme monétaire lancée pour unifier les monnaies n’a pas produit l’effet attendu : au contraire, elle a accentué la perte de pouvoir d’achat. Beaucoup de fonctionnaires, enseignants ou médecins voient leurs revenus devenir insuffisants pour couvrir les besoins essentiels : nourriture, transport, médicaments.
Dans les marchés, les prix explosent. Riz, œufs, huile ou pain deviennent des produits de luxe pour une partie de la population. La dépendance aux transferts de la diaspora augmente, transformant l’exil en véritable pilier économique du pays.
Une société sous tension et en exode
Face à l’impasse, la société cubaine se fissure. Le phénomène le plus marquant est l’exode. Des centaines de milliers de Cubains ont quitté l’île ces dernières années, principalement vers les États-Unis, l’Amérique centrale ou l’Europe. Ce départ massif concerne surtout les jeunes actifs, les cadres et les professionnels de santé, fragilisant encore davantage les structures internes.
Dans les quartiers populaires, la frustration grandit. Les coupures, les files d’attente interminables et la rareté des médicaments alimentent un climat de fatigue sociale. Même si les protestations restent étroitement contrôlées, le malaise est visible dans les conversations quotidiennes et sur les réseaux sociaux.
L’État tente de maintenir la cohésion, mais la combinaison pénurie-inflation-migration crée une pression permanente sur le tissu social.
Pressions extérieures et isolement stratégique
La situation cubaine ne peut être dissociée de son environnement géopolitique. L’embargo américain, renforcé ces dernières années, limite l’accès de l’île aux financements, aux assurances maritimes et aux fournisseurs d’énergie. Les partenaires traditionnels, comme le Venezuela, ne sont plus en mesure d’assurer des livraisons suffisantes de pétrole.
Cette dépendance énergétique rend Cuba extrêmement vulnérable. Chaque perturbation diplomatique se traduit concrètement par des coupures, des transports à l’arrêt et des usines fermées. Le gouvernement cubain dénonce une stratégie d’asphyxie économique, tandis que ses critiques internes soulignent aussi les limites structurelles du modèle productif.
Une île en mode survie
Aujourd’hui, Cuba fonctionne davantage comme une économie de résistance que de développement. Les autorités cherchent à attirer des investissements, à encourager l’initiative privée limitée et à diversifier l’énergie, mais les marges de manœuvre restent faibles.
Pour les Cubains, la priorité n’est plus la projection vers l’avenir, mais la gestion du quotidien : trouver de quoi manger, conserver l’électricité, obtenir des médicaments, envisager parfois le départ comme seule issue.
Entre étouffement et réinvention
« Cuba au bord de l’asphyxie » résume une réalité complexe : une île coincée entre contraintes internes, pressions extérieures et usure sociale. La crise n’est pas seulement conjoncturelle, elle est structurelle. Sans réformes économiques profondes, diversification énergétique et ouverture maîtrisée, l’asphyxie risque de devenir chronique.
Pour l’instant, Cuba avance sous perfusion, entre résilience populaire et fatigue collective, dans un équilibre de plus en plus fragile.
La Rédaction

