La Grande Île durcit le ton. Lors de la deuxième réunion de la commission mixte franco-malgache, tenue le 30 juin 2025 à Paris, Madagascar a réaffirmé avec fermeté sa volonté de récupérer les îles Éparses. En plus de cette exigence de souveraineté, Antananarivo demande désormais une indemnisation à la France pour l’occupation prolongée de cet archipel stratégique situé dans le canal du Mozambique.
Un statu quo persistant, mais une ligne durcie
La rencontre s’est soldée par un nouvel impasse diplomatique. La délégation malgache, conduite par la ministre des affaires étrangères Rafaravavitafika Rasata, a publié un communiqué tard dans la soirée du lundi. Elle y réaffirme que « Madagascar n’a jamais renoncé à sa souveraineté » sur ces îles inhabitées, administrées de facto par la France depuis 1960.
La ministre a souligné que les îles Éparses — Grande Glorieuse, Juan de Nova, Europa, Bassas da India et Tromelin (bien que ce dernier cas soit à part) — appartiennent historiquement à Madagascar, en se fondant sur des archives de la période coloniale et des traités post-indépendance.
Une demande d’indemnisation inédite
C’est la nouveauté de cette réunion : la demande d’indemnisation officielle. Elle viserait à compenser les bénéfices tirés par la France de ces îles, notamment en matière de ressources halieutiques, d’exploitation environnementale et de position géostratégique. Selon une source proche du dossier, Antananarivo souhaite également un partage équitable des données scientifiques collectées par les bases françaises implantées sur place.
Des enjeux stratégiques majeurs dans l’océan Indien
Au-delà des revendications historiques, les îles Éparses sont au cœur d’enjeux environnementaux et géopolitiques. Riches en biodiversité, elles servent aussi de base logistique pour les forces françaises opérant dans l’océan Indien. De plus, les zones économiques exclusives (ZEE) qui les entourent sont très convoitées pour leurs ressources halieutiques et peut-être énergétiques.
Paris garde le silence… pour l’instant
Côté français, aucun commentaire officiel n’a été publié à la suite de la réunion. Le Quai d’Orsay semble jouer la montre, misant sur un dialogue à long terme. Pourtant, en 2019, le président Emmanuel Macron avait proposé une cogestion environnementale, rejetée alors par Antananarivo, qui ne veut rien de moins qu’une restitution complète.
Une pression internationale croissante ?
Ce bras de fer pourrait bientôt dépasser le cadre bilatéral. La diplomatie malgache envisage, selon certaines sources, de porter l’affaire devant les instances de l’Union africaine ou de l’ONU si aucune avancée n’est constatée d’ici à la fin de l’année 2025.
L’exigence malgache marque une nouvelle étape dans ce vieux contentieux franco-africain. En ajoutant l’indemnisation à sa demande de restitution, Madagascar tente de reconfigurer les termes du dialogue et de replacer la question des îles Éparses au centre des enjeux postcoloniaux. Le silence de Paris ne saurait durer sans provoquer un rééquilibrage diplomatique dans la région.
La Rédaction

