Alors que Kinshasa et Kigali viennent de signer un accord de paix à Washington, un rapport confidentiel de l’ONU dévoile l’implication directe de l’armée rwandaise aux côtés du M23 dans la conquête des grandes villes de l’Est congolais.
La chronologie des événements prend un nouveau tournant explosif. Un rapport semestriel rédigé par des experts mandatés par le Conseil de sécurité des Nations unies accuse directement le Rwanda d’avoir joué un rôle clé dans les offensives armées ayant conduit à la chute des villes stratégiques de Goma et Bukavu début 2025. Ces révélations surviennent à peine quelques jours après la signature à Washington d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali, orchestré sous l’égide de l’administration Trump.
Des preuves irréfutables
Selon le rapport, consulté par l’AFP, les Forces de défense rwandaises (FDR) ont apporté un soutien décisif au groupe rebelle M23, dans ce que les experts qualifient d’« incursions systématiques et massives » en territoire congolais. Les documents fournis comprennent des images drone authentifiées, des témoignages de terrain, et des éléments de renseignement signalant que, une semaine avant l’assaut sur Goma, le président Paul Kagame aurait donné l’ordre de « prendre immédiatement le contrôle » de Goma et Bukavu.
Les troupes rwandaises auraient été positionnées en première ligne et engagées directement dans les combats, utilisant des armes de haute technologie face à une armée congolaise en déroute. Des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés ont été recensés depuis l’offensive, selon les Nations unies et les autorités congolaises.
Kigali dément, Kinshasa accuse
Face à ces accusations, Kigali maintient sa ligne de défense habituelle : la présence de troupes dans la région relèverait uniquement de « mesures défensives » justifiées par la menace des FDLR, un groupe armé rwandais d’opposition formé par d’anciens responsables du génocide de 1994. Sur le réseau social X, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a dénoncé un rapport qui « déforme délibérément les préoccupations sécuritaires de longue date du Rwanda ».
Un accord de paix déjà fragilisé
L’accord signé le 28 juin à Washington prévoit notamment un cessez-le-feu, le respect de l’intégrité territoriale, ainsi qu’une tentative de dialogue direct entre Kinshasa et le M23, actuellement pilotée depuis Doha. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame doivent également se rencontrer dans les mois à venir dans la capitale américaine. Mais le climat reste électrique : Corneille Nangaa, chef de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et allié politique du M23, a déjà dénoncé un accord « limité » et accusé Kinshasa de saboter les efforts de médiation.
Un enjeu minier en toile de fond
Outre les questions militaires, l’accord prévoit un second volet — économique — encore flou. Ce pan vise à instaurer davantage de transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, en particulier le coltan et le cobalt. Le président Tshisekedi a assuré que les ressources congolaises ne seraient pas bradées, en rappelant les discussions entamées en avril avec Massad Boulos, conseiller spécial de la Maison Blanche pour l’Afrique.
Une paix sous pression
Ce rapport de l’ONU ravive les tensions entre la RDC et le Rwanda au moment même où la communauté internationale tente d’imposer une désescalade. Sur le terrain, malgré les engagements diplomatiques, la situation humanitaire demeure critique. Les résultats concrets de l’accord de Washington, aussi ambitieux soit-il, restent encore très incertains.
La Rédaction

