La présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun s’annonce aussi atypique qu’explosive. Pour la première fois dans l’histoire du pays, 81 prétendants ont tenté leur chance en déposant leur dossier auprès d’Élections Cameroun (ELECAM). Mais derrière ce chiffre spectaculaire se cache une autre réalité : seuls 38 dossiers complets ont été formellement enregistrés, les autres risquant d’être écartés faute de conformité. Une distinction de taille, à l’heure où s’ouvre le processus de validation.
Une ruée vers la candidature, jusqu’à la dernière minute
La clôture des dépôts, le 21 juillet à minuit, a donné lieu à une scène inhabituelle dans les locaux d’ELECAM à Yaoundé. Le dernier candidat, Bessiping du RFERE (Rassemblement des forces écologiques pour la relance de l’économie), a déposé son dossier à 23h55, juste avant la fermeture. Ce geste symbolique marque la 81e tentative de candidature, un chiffre jamais atteint jusque-là.
Mais tous ne sont pas égaux devant la loi électorale. Selon plusieurs sources internes, seuls 38 dossiers ont été jugés recevables sur le plan administratif dès la phase de dépôt, avec caution payée, pièces justificatives fournies et parrainages requis. Les 43 autres seraient soit incomplets, soit entachés d’irrégularités flagrantes.
Démocratie vivante ou confusion organisée ?
Pour certains analystes, cette avalanche de candidatures pourrait être perçue comme un signe d’ouverture politique, voire d’appétit démocratique refoulé après plus de quatre décennies de pouvoir sans partage. D’autres y voient une manœuvre : noyer les candidatures sérieuses dans un flot d’ambitions marginales ou fictives, pour affaiblir l’opposition réelle et désorienter l’électorat.
Les principaux challengers, comme Maurice Kamto (MRC), Cabral Libii (PCRN) ou encore Joshua Osih (SDF), devront donc faire campagne dans un paysage électoral embrouillé, où la lisibilité du débat risque d’être brouillée par la surabondance de noms.
Le filtre d’ELECAM : une purge attendue
L’étape suivante, cruciale, sera celle de la validation des candidatures par le Conseil électoral. En 2018, seuls neuf candidats avaient été retenus sur une trentaine de dossiers. Cette année, malgré le chiffre record de 81 dépôts, très peu dépasseront le filtre réglementaire. La publication de la liste définitive devrait intervenir dans les prochains jours.
Selon un cadre d’ELECAM cité sous anonymat, « beaucoup de dossiers sont venus sans les pièces obligatoires ou sans parrainage politique reconnu. Certains semblent même improvisés à la dernière minute. »
Le vieux lion au milieu du tumulte
À 92 ans, Paul Biya se présente une nouvelle fois, défiant l’âge et les critiques. Mais dans ce climat de tension politique, de défiance électorale, de crise anglophone persistante et de difficultés économiques, le vieux lion n’avance plus dans un désert, mais au contraire dans une forêt touffue de concurrents – pour la plupart sans chance réelle, mais pas sans conséquence stratégique.
L’effet final de cette pléthore est encore incertain : brouillage du message politique ? Renforcement du statu quo ? Ou émergence d’un front crédible malgré tout ?
La Rédaction

