À quelques mois du scrutin présidentiel prévu en octobre 2025, le paysage politique camerounais se recompose dans la douleur. Les départs successifs de figures longtemps alliées à Paul Biya plongent le RDPC dans une zone de turbulences inattendue.
Le vent tourne au sommet de l’État camerounais. En l’espace d’une semaine, deux anciens piliers de la majorité présidentielle ont claqué la porte du système Biya pour se lancer dans la course à la magistrature suprême. D’abord Issa Tchiroma Bakary, ex-ministre de l’emploi et chef du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a annoncé sa candidature le 26 juin. Puis, coup de tonnerre le 2 juillet : Bello Bouba Maïgari, ministre d’État chargé du Tourisme et leader de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), officialise à son tour son entrée en lice.
Ces deux départs consécutifs marquent une rupture historique. Le FSNC comme l’UNDP étaient jusqu’ici des alliés fidèles du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel. Leur soutien garantissait à Paul Biya une façade d’unité nationale, précieuse dans un pays marqué par de profondes fractures régionales et politiques.
Une majorité qui se désagrège
Pour le RDPC, c’est une alerte rouge. Le départ de Bello Bouba, acteur-clé du septentrion, affaiblit considérablement le maillage politique du pouvoir dans cette région stratégique. L’homme, respecté dans le Grand-Nord, fut un ancien Premier ministre et ministre influent. Sa décision de rompre avec le RDPC trahit un climat de désenchantement croissant au sein des rangs présidentiels.
« Le système Biya est usé. Même ses anciens partenaires n’y croient plus », souffle un proche du gouvernement sous couvert d’anonymat.
Le timing de ces candidatures, à seulement quatre mois du scrutin, laisse peu de temps au RDPC pour réajuster sa stratégie. Surtout que le parti n’a toujours pas désigné officiellement son candidat. Si l’hypothèse d’un huitième mandat pour Paul Biya, 92 ans, semble se confirmer, elle peine à mobiliser, y compris dans ses propres rangs.
La tentation de l’alternance
L’implosion progressive du socle présidentiel relance le débat sur l’alternance. Le départ d’Issa Tchiroma, figure combative et communicante, révèle une volonté d’en découdre avec un régime qu’il a pourtant défendu avec zèle pendant des années.
Les deux hommes ne font pas mystère de leur désaccord avec la gestion actuelle du pouvoir. Dans un contexte marqué par les tensions dans les régions anglophones, la montée de la pauvreté et les interrogations sur la succession du président, leur positionnement électoral pourrait cristalliser une nouvelle dynamique.
Reste une inconnue : le peuple camerounais, échaudé par des décennies de promesses non tenues, suivra-t-il ces nouveaux candidats ? Ou restera-t-il spectateur d’un affrontement entre figures déjà connues du système ?
Un RDPC sous pression
Du côté du palais présidentiel, à Yaoundé, l’heure est à la contre-attaque. Les faucons du régime cherchent à minimiser les défections, misant sur l’appareil d’État, le maillage territorial du RDPC et l’absence d’union dans l’opposition pour reprendre la main.
Mais à quatre mois de l’élection, l’image d’un pouvoir verrouillé s’effrite. Et les candidatures d’anciens ministres donnent une légitimité nouvelle à l’idée de rupture.
En 2025, l’enjeu ne sera peut-être pas seulement de désigner un président. Il s’agira aussi de savoir si le Cameroun est prêt à refermer l’ère Biya.
La Rédaction

