Sur les routes nationales comme dans les zones les plus reculées, chaque ticket de péage payé devient une passerelle vers l’avenir. Ce geste quotidien, souvent perçu comme une contrainte, transforme peu à peu le paysage togolais, désenclave les campagnes et réinvente la citoyenneté économique.
Le péage, un acte banal aux effets durables
C’est une scène familière : ralentir, sortir un billet, patienter, et repartir. Pour Pascal, chauffeur de taxi entre Lomé et Atakpamé, c’est un rituel presque machinal. « On râle parfois, mais la route est bonne. Quand on voit comment c’était avant… on paie et on continue », dit-il en souriant.
Comme lui, des milliers d’usagers alimentent chaque jour un fonds qui ne finance pas seulement de l’asphalte. Selon la SAFER (Société Autonome de Financement de l’Entretien Routier), plus de 26 milliards de francs CFA ont été mobilisés en 2023, dont 37 % issus des péages routiers. Une manne qui alimente l’entretien du réseau, mais surtout l’aménagement d’axes stratégiques dans les zones rurales.
Quand la route relie, soigne et nourrit
Dans la région de la Kara, le village de Bako-Tchitchao illustre parfaitement cet effet multiplicateur. Depuis la réhabilitation de la piste qui le relie à la RN17, les habitants accèdent plus rapidement au centre de santé de Pya et aux marchés de denrées. « Avant, on pouvait passer trois jours sans qu’un seul véhicule ne passe ici. Aujourd’hui, on vend nos ignames chaque semaine à la ville », raconte une commerçante du village.
Cet exemple n’est pas isolé. D’autres localités dans les Savanes, les Plateaux ou la région Centrale voient leur quotidien transformé : accès facilité aux soins, retour des enseignants dans les écoles, baisse du coût du transport pour les agriculteurs. Ce sont ces routes secondaires, souvent invisibles des grandes cartes, que les péages aident à faire émerger.
Une pédagogie du civisme économique
Pour la SAFER, il ne suffit pas de collecter. Il faut expliquer. Depuis plusieurs mois, l’institution multiplie les actions de sensibilisation dans les gares routières et sur les ondes locales. Objectif : faire comprendre que payer un péage, c’est investir dans le bien commun.
Car malgré les progrès, les cas de refus de paiement ou de contournement persistent. « Beaucoup pensent encore que c’est de l’argent perdu. Pourtant, ils roulent tous les jours sur les routes qu’ils contribuent à entretenir », regrette un agent en poste à Tchamba.
Ce travail d’éducation civique est essentiel. Il replace l’usager au centre du développement, non plus comme simple consommateur, mais comme acteur d’un service public participatif, où chaque contribution a un impact mesurable.
Un réseau à améliorer, une confiance à consolider
Si les effets sont palpables dans plusieurs zones, les attentes restent fortes. Certains usagers réclament plus de transparence dans l’utilisation des fonds collectés, une amélioration de la signalisation ou la réfection de tronçons très fréquentés mais dégradés.
La SAFER affirme avoir renforcé son système de planification et de contrôle, pour répondre plus rapidement aux besoins et priorités. Mais la clé reste la régularité des paiements. Sans eux, l’autonomie financière acquise depuis quelques années pourrait s’éroder, et avec elle, la dynamique enclenchée dans de nombreux territoires oubliés.
Le péage n’est pas qu’un point de passage. C’est une frontière symbolique entre le statu quo et le développement partagé. Derrière chaque barrière levée, ce sont des villages entiers qui s’ouvrent, des enfants qui atteignent l’école à l’heure, des femmes qui accèdent aux soins, et des paysans qui écoulent leurs récoltes.
Au Togo, la route devient une école de civisme. Et le ticket de péage, un reçu d’engagement collectif.
La Rédaction

