Depuis le 1er juillet, Kinshasa accueille un événement inédit : le premier Congrès panafricain des étudiants.
À l’occasion du 65e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, cette rencontre rassemble des délégations étudiantes venues des provinces et de la capitale pour réfléchir aux défis du continent et à l’avenir du panafricanisme.
Organisé dans l’enceinte du Centre culturel et artistique pour les pays de l’Afrique centrale, ce congrès marque une volonté claire : celle d’un réveil intellectuel africain porté par la jeunesse. Les étudiants entendent jouer un rôle actif dans les grandes mutations du continent, à commencer par l’exigence de paix dans l’est du pays, toujours ravagé par un conflit de plus de trois décennies.
La jeunesse face à la guerre de l’Est
Vice-président de la Représentation des étudiants du Congo (REC), Chris Selengbe déplore l’indifférence persistante qui entoure les violences à l’Est :
« Cela fait trente ans que nos frères et sœurs meurent tous les jours. Cela fait trente ans que nos camarades étudiants n’ont plus accès à une éducation digne. Il est temps pour nous de proposer des solutions concrètes. »
Loin des discours institutionnels, ce congrès se veut un espace de débat libre, de critique lucide, et de propositions constructives. Il s’agit aussi, selon ses organisateurs, de rétablir une conscience historique : celle qui relie les combats d’hier — portés par Lumumba, Sankara ou Mandela — à ceux d’aujourd’hui.
Le rêve panafricain d’une génération
Pour Balufu Bakupa Kanyinda, directeur du centre culturel et figure du cinéma congolais, le Congrès est un signal fort :
« Le Congo a longtemps été déconnecté des engagements panafricains. Le régime de Mobutu a étouffé toute conscience critique. Aujourd’hui, nous voulons réimplémenter les idéaux panafricains sur notre territoire. »
Le retour au panafricanisme s’accompagne d’une réflexion sur l’émancipation culturelle, spirituelle et scientifique. Présent à l’événement, Mololay Kabilondi, membre du mouvement politico-religieux Vuvamu, plaide pour une véritable indépendance
« Nous utilisons encore des spiritualités étrangères. Nous enseignons selon des normes européennes. Nous devons créer une éducation adaptée à nos réalités. »
Une célébration entre fanfares et autocritique
Alors que le Palais du peuple résonnait de chants patriotiques pour célébrer le 30 juin, symbole de l’indépendance congolaise, à quelques pas de là, le Congrès panafricain ouvrait un tout autre espace de célébration : celui de la remise en question. Pour les jeunes présents, l’indépendance politique ne suffit plus. Il faut penser l’autonomie économique, la souveraineté éducative, la renaissance spirituelle.
Le congrès, qui se poursuit jusqu’au 2 juillet, entend faire des étudiants les « avant-gardes du changement », à la fois vigies critiques et forces de proposition. Un pari audacieux dans un pays où la jeunesse, majoritaire, reste encore trop souvent mise à l’écart des processus décisionnels.
La Rédaction

