Dans un message publié le 30 juin 2025, Jean-Luc Mélenchon, figure de La France insoumise, exprimait sa « solidarité avec le peuple togolais qui veut la démocratie, la liberté et la fin de la dictature ». Derrière ce message de soutien, en apparence généreux, se cache en réalité une posture discutable, marquée par l’incohérence, l’ingérence, et une vision idéologique biaisée des dynamiques africaines.
Une indignation à géométrie variable
Jean-Luc Mélenchon affirme depuis des années sa proximité avec plusieurs régimes étrangers qu’il qualifie volontiers de « résistants à l’impérialisme ». Pourtant, dans ces pays, les droits fondamentaux ne sont pas nécessairement mieux protégés que dans d’autres. Pourquoi alors choisir le Togo pour y projeter un récit manichéen ? Pourquoi tant de silences ailleurs, et tant d’émotion ici ? Cette sélectivité, fondée non sur des principes universels mais sur des affinités politiques, décrédibilise son message.
L’ingérence masquée sous la solidarité
En se posant en soutien explicite d’une partie de la population togolaise, Mélenchon prétend s’inscrire dans un élan humaniste. Mais ce geste s’inscrit surtout dans une logique d’intervention morale, depuis Paris, sur les affaires d’un État africain souverain. Lui qui critique l’héritage de la « Françafrique » se livre ici, paradoxalement, à un acte de parole politique paternaliste — celui-là même qu’il dénonce chez ses adversaires.
Une instrumentalisation politique
Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon évoque l’Afrique pour servir un agenda hexagonal. Son soutien aux mobilisations togolaises intervient à un moment stratégique, dans un contexte politique français où il cherche à raviver l’élan militant de sa base. Ce positionnement semble moins motivé par une connaissance précise du terrain que par un réflexe idéologique, amplifié par les réseaux sociaux.
Une parole sans solutions
Il est frappant que Jean-Luc Mélenchon, dans ses diverses déclarations, n’apporte aucune proposition concrète en matière de diplomatie, de médiation ou de coopération constructive. Son message ne formule ni voie de dialogue, ni appel à la concertation, ni encouragement à la stabilisation institutionnelle. C’est une parole forte, mais creuse.
Une simplification réductrice
La situation sociopolitique togolaise, comme dans tout pays, est complexe. Elle ne peut être réduite à des slogans binaires. Il existe au Togo une pluralité de partis, des mécanismes institutionnels propres, des dynamiques régionales à prendre en compte. Réduire ces réalités à une opposition frontale entre un peuple idéalisé et un pouvoir caricaturé n’aide en rien au renforcement de la cohésion nationale ou à l’accompagnement des réformes en cours.
Jean-Luc Mélenchon, au nom d’une certaine idée de l’internationalisme, semble parfois s’octroyer un droit de parole automatique sur des contextes qu’il ne maîtrise pas. Sa récente déclaration sur le Togo, bien que présentée comme un acte de solidarité, participe en réalité d’un brouillage idéologique et d’un usage politisé du réel africain.
L’Afrique n’a pas besoin de porte-voix lointains pour exister politiquement. Elle a besoin de partenaires lucides, respectueux, et conscients de la diversité de ses trajectoires nationales.
La Rédaction

