« Permettre aux citoyens haïtiens de rester temporairement aux États-Unis était contraire à l’intérêt national. » Par cette formule abrupte, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem a confirmé vendredi la fin définitive du statut de protection temporaire (TPS) pour plus d’un demi-million d’Haïtiens installés aux États-Unis. La mesure, initiée sous Joe Biden, prendra fin officiellement le 2 septembre 2025. À partir de cette date, quelque 520 000 personnes deviendront expulsables.
Cette décision radicale, prise par l’administration de Donald Trump, intervient malgré une détérioration alarmante de la situation sécuritaire en Haïti. Le département d’État américain, pourtant, déconseille toujours à ses ressortissants de se rendre sur l’île, évoquant les risques d’enlèvements, les violences extrêmes des gangs, les troubles civils et l’effondrement des services de santé.
Une politique d’immigration durcie
Connu pour sa rhétorique offensive contre l’immigration, le président Trump continue d’agiter le spectre d’une « invasion » des États-Unis par des étrangers criminels, et multiplie les décisions de révoquer les protections migratoires accordées sous les administrations précédentes. Les Haïtiens rejoignent désormais les 350 000 Vénézuéliens et les 11 000 Afghans à qui le TPS a également été retiré.
Créé pour protéger temporairement les ressortissants de pays en guerre, en proie à des catastrophes naturelles ou à des circonstances exceptionnelles, le TPS permettait aux bénéficiaires de vivre, travailler et contribuer à l’économie américaine sans crainte d’être expulsés. Cette révocation marque donc un tournant décisif.
Haïti, un pays à genoux
Alors que Washington affirme que les conditions en Haïti « se sont suffisamment améliorées », les faits contredisent cette déclaration. Selon l’ONU, 1,3 million d’Haïtiens ont été déplacés à l’intérieur du pays à cause des violences. Plus de 2 600 personnes ont été tuées entre janvier et mai 2025. Les gangs font régner la terreur à Port-au-Prince et dans plusieurs départements, s’attaquant indistinctement aux civils, aux forces de sécurité et aux humanitaires.
Les déclarations officielles ne trompent personne : « Eux ne s’embarrassent pas de l’État de droit », dénonce un avocat spécialisé dans le droit migratoire, pointant une logique d’expulsion à tout prix, sans considération humanitaire.
Une décision lourde de conséquences
La fin du TPS plonge des centaines de milliers de familles haïtiennes dans l’incertitude. Nombre d’entre elles vivent aux États-Unis depuis plus d’une décennie, y ont fondé une famille, y travaillent, paient des impôts, envoient de l’argent à leurs proches restés en Haïti. Les retours forcés risquent d’ajouter une pression supplémentaire à un pays déjà au bord du gouffre, sans infrastructures capables d’accueillir un tel afflux.
À moins d’un revirement politique ou juridique, le compte à rebours est désormais lancé.
La Rédaction

