Sous couvert de gestes humanitaires, Caracas façonne un récit de légitimité internationale pour masquer sa crise intérieure.
Alors que les projecteurs internationaux pointent les violations systématiques des droits humains au Venezuela, le régime de Nicolás Maduro déploie une stratégie d’un nouveau genre : utiliser le retour des migrants comme outil de propagande politique. Loin d’être un simple geste humanitaire, ces opérations de rapatriement sont orchestrées dans les moindres détails pour servir une mise en scène.
Début mai 2025, les images diffusées par les canaux officiels vénézuéliens montraient le retour au pays de Maikelys Espinoza Bernal, fillette séparée de ses parents aux États-Unis. Accueillie en grande pompe au palais présidentiel, encadrée par la première dame et des figures clés du régime, cette scène, devenue virale, a surtout servi à réécrire le récit national.
D’un drame humain à un outil politique
Le Venezuela connaît l’un des exodes les plus massifs au monde : près de 8 millions de Vénézuéliens ont fui en une décennie, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ce chiffre est le reflet de la violence, de l’hyperinflation, de l’effondrement des services publics et de la répression politique.
Mais plutôt que de s’attaquer à ces causes profondes, le pouvoir vénézuélien mise sur des coups d’éclat médiatiques : faire revenir quelques exilés, victimes des politiques migratoires américaines, pour se poser en défenseur des droits humains. En procédant ainsi, le régime tente de détourner le regard de la crise qu’il a lui-même provoquée.
Une stratégie diplomatique bien huilée
Cette stratégie n’est pas isolée. Ces derniers mois, Caracas a multiplié les accusations contre le président salvadorien Nayib Bukele, qualifié de dictateur, tout en se présentant comme une victime d’un système international injuste. Le message est clair : « nous ne sommes pas le problème, ce sont les autres ».
Ce renversement narratif s’adresse autant à l’opinion publique vénézuélienne qu’aux acteurs internationaux. En affichant un visage compatissant, Maduro cherche à regagner une forme de respectabilité sur la scène mondiale. Il joue sur la corde sensible des droits humains tout en poursuivant la répression à l’intérieur de ses frontières. Le retour d’enfants migrants devient ainsi un outil diplomatique destiné à légitimer un pouvoir largement contesté.
Propagande émotionnelle contre réalité politique
Le paradoxe est saisissant : alors que des militants, journalistes et opposants sont arrêtés ou portés disparus à l’approche des élections régionales de mai 2025, le pouvoir organise en parallèle des opérations de rapatriement émouvantes, filmées et partagées sur TikTok.
Cette double communication – répression d’un côté, émotion de l’autre – permet au régime de saturer l’espace médiatique, en imposant ses propres récits. Le gouvernement n’agit pas pour protéger ses ressortissants, mais pour exploiter leur vulnérabilité à des fins politiques et symboliques.
En multipliant les gestes humanitaires scénarisés, le régime de Nicolás Maduro ne cherche pas à résoudre la crise migratoire, mais à l’utiliser. Dans une période de contestation croissante, la diplomatie du rapatriement devient un outil cynique de légitimation, où l’image l’emporte sur la réalité.
Tant que les conditions qui poussent des millions de Vénézuéliens à fuir ne seront pas traitées, ces retours mis en scène resteront des écrans de fumée.
La Rédaction

