Depuis plus d’une décennie, l’Iran tisse discrètement sa toile en Afrique. À travers des accords bilatéraux, des coopérations religieuses chiites et des partenariats économiques, la République islamique a cherché à étendre son influence sur un continent en quête de partenaires alternatifs. De l’Afrique de l’Ouest au Soudan, en passant par l’Afrique australe, Téhéran s’est imposé comme un acteur à surveiller, notamment dans des pays en rupture ou en défiance avec l’Occident.
Mais cette ambition africaine pourrait aujourd’hui s’effondrer. Les frappes israéliennes lancées le 13 juin 2025 contre le territoire iranien, toujours en cours, ont visé des centres névralgiques : hauts commandements, infrastructures stratégiques, bases militaires. Pour Téhéran, déjà affaibli par des années de sanctions, c’est un coup de massue. Et pour ses partenaires africains, une équation incertaine.
Une stratégie patiente, mais exposée
L’Iran ne s’est jamais imposé en Afrique par la force. Contrairement aux anciennes puissances coloniales ou aux grands bailleurs comme la Chine, il a misé sur l’idéologie, la solidarité entre nations dites “opprimées” et des partenariats discrets. En octobre 2023, la visite du ministre iranien du Travail, Seyyed Soulat Mortazavi, au Burkina Faso, a marqué un tournant symbolique : la République islamique se posait comme alliée d’un pouvoir militaire en rupture avec les anciennes influences occidentales. Ce rapprochement avec Ouagadougou, tout comme ceux opérés avec la Guinée, le Mali ou encore le Zimbabwe, fait partie d’un arc d’alliances où l’Iran exporte à la fois son savoir-faire, son pétrole et son récit politique.
Un appui nucléaire civil bien vu sur le continent
De nombreux pays africains défendent ouvertement le droit de Téhéran à développer une industrie nucléaire civile. Pour eux, il s’agit d’un droit souverain. Certains, comme le Niger ou l’Algérie, voient dans le nucléaire civil une perspective de développement énergétique similaire. L’Iran, qui se présente comme une victime des grandes puissances, a su transformer cette posture en levier diplomatique pour séduire les pays du Sud.
Mais la guerre rebat les cartes
La confrontation avec Israël menace de réduire à néant cette stratégie. Car si Téhéran sort militairement et économiquement affaibli, il ne pourra plus tenir ses promesses de coopération. Les projets économiques en cours pourraient être gelés, les ambassades fermées, et les aides promises suspendues. L’Afrique, pragmatique, pourrait se détourner d’un partenaire affaibli pour éviter de se retrouver prise dans une logique de blocs.
En outre, les puissances occidentales, déjà sur le qui-vive, pourraient accentuer leur pression sur les États africains coopérant avec l’Iran, rendant cette alliance diplomatiquement coûteuse.
Une influence menacée, mais pas encore perdue
Tout dépendra de la durée et de l’issue du conflit. Si l’Iran parvient à contenir les frappes israéliennes et à préserver une partie de ses réseaux diplomatiques, il pourrait maintenir un pied sur le continent. Mais si l’escalade se poursuit, avec des pertes humaines et matérielles lourdes, il deviendra difficile pour Téhéran de continuer à jouer un rôle actif en Afrique.
Dans un monde multipolaire, l’Iran avait vu en l’Afrique un terrain de projection stratégique. La guerre contre Israël pourrait bien reléguer ces ambitions au rang des illusions.
La Rédaction

