Cyril Ramaphosa était le seul chef d’État africain présent au sommet du G7 à Kananaskis, dans l’ouest du Canada — une tribune diplomatique rare que le président sud-africain a utilisée pour tenter de repositionner son pays comme interlocuteur clé entre les puissances occidentales et le Sud global.
Sous couvert de discussions multilatérales sur les conflits géopolitiques — notamment la guerre à Gaza et la tension entre Israël et l’Iran —, Ramaphosa est venu chercher un soutien affirmé aux efforts de Pretoria pour bâtir un ordre mondial « plus équitable », selon ses propres termes. Il a plaidé pour un développement inclusif, à travers un partenariat stratégique entre le G7 et le G20, que l’Afrique du Sud préside actuellement.
Une présence à forte charge symbolique
Cette invitation du G7 n’est pas anodine. Dans un contexte international marqué par la fragmentation des alliances, la présence de Ramaphosa visait à signaler l’intérêt des pays industrialisés pour un dialogue renouvelé avec l’Afrique, à condition toutefois qu’il soit compatible avec leurs priorités stratégiques. Et parmi celles-ci figure en tête l’instabilité au Moyen-Orient.
Lors du sommet, le Premier ministre canadien Mark Carney a tenu un discours sans ambiguïté : « L’Iran est la principale source d’instabilité et de terrorisme dans la région […] Nous demandons une désescalade générale, y compris un cessez-le-feu à Gaza. » Des propos en phase avec la position américaine, mais plus éloignés de celle, plus nuancée, traditionnellement défendue par Pretoria, qui plaide pour un cessez-le-feu immédiat et critique les bombardements israéliens.
Entre climat, finance et paix mondiale
Ramaphosa n’a pas uniquement évoqué la crise moyen-orientale. Il a aussi mis sur la table les priorités africaines : le financement du développement durable, les investissements dans les infrastructures, la transition énergétique et la lutte contre les inégalités économiques. Il a présenté le G7 comme un « partenaire stratégique », avec lequel des convergences sont possibles dans la réponse au changement climatique et la réforme de la gouvernance financière mondiale.
Un rôle d’intermédiaire à confirmer
Avec sa double casquette de président sud-africain et président du G20, Ramaphosa espère faire entendre la voix du Sud global dans les cercles où se prennent les décisions majeures. Mais encore faut-il que cette voix ne soit pas diluée entre des exigences contradictoires. Car au-delà des déclarations, les Occidentaux attendent aussi de Pretoria des gages sur ses orientations diplomatiques, notamment face à la Russie, à la Chine ou à l’Iran.
En filigrane, c’est donc une stratégie d’équilibriste que Ramaphosa poursuit, dans l’espoir de faire de l’Afrique du Sud un trait d’union crédible entre des blocs mondiaux de plus en plus fragmentés.
La Rédaction

