En Afrique de l’Ouest, les routes ne relient plus seulement les villes : elles attirent la guerre.
Une récente étude de chercheurs américains et européens révèle un constat glaçant : plus de 65 % des violences politiques enregistrées entre 2000 et 2024 en Afrique de l’Ouest ont eu lieu à moins d’un kilomètre d’une route. En d’autres termes, les axes routiers sont devenus les veines ouvertes d’un continent aux prises avec la montée en puissance de groupes armés djihadistes, séparatistes ou criminels.
Les routes comme cibles privilégiées
Les insurgés djihadistes ont compris ce que beaucoup d’États ont longtemps ignoré : contrôler les routes, c’est contrôler le territoire. Ces artères stratégiques leur permettent de tendre des embuscades, poser des mines, kidnapper, saboter des convois ou isoler des villes entières. À l’inverse, leur détérioration prive les armées nationales de mobilité et expose les civils à une violence sans filtre.
D’après l’étude, seuls 4 % des violences recensées ont lieu à plus de 10 km d’un axe routier. Une proportion qui traduit une guerre mobile, où la route devient à la fois champ de bataille, piège mortel et symbole de souveraineté perdue.
Des segments routiers transformés en couloirs de la mort
Certaines routes sont désormais des noms de terreur. La plus dangereuse d’Afrique de l’Ouest est au Cameroun : l’axe de 350 km reliant Bamenda à Kumbo et Wum, théâtre de plus de 750 attaques depuis 2018, à cause du conflit entre l’État et les séparatistes ambazoniens.
Au Sahel, la route Mopti-Gao au Mali est un autre point noir : 433 incidents violents y ont été enregistrés depuis le début de la guerre civile en 2012. Au Burkina Faso, toutes les routes menant à Djibo, près de la frontière malienne, sont devenues des pièges à ciel ouvert.
Une guerre logistique avant tout
Les États ouest-africains sont face à un dilemme stratégique : investir dans les bases militaires ou dans les routes. Jusqu’ici, le choix a penché vers les garnisons. Le résultat : des axes routiers délabrés, peu sûrs, souvent non bitumés, et donc laissés à la merci des groupes armés.
Alors que le Nigéria compte 195 000 km de routes, l’une des plus vastes infrastructures du continent, leur état de dégradation avancé empêche toute projection militaire efficace. Dans les régions les plus marginalisées — Tombouctou, Kidal, Bardaï, Bilma — l’absence totale de routes goudronnées alimente le cycle des rébellions et de l’isolement.
Développer les routes, c’est aussi faire reculer la guerre
Les auteurs de l’étude lancent un avertissement clair : l’obsession sécuritaire, si elle n’est pas accompagnée d’une politique de développement des infrastructures, est vouée à l’échec. Construire des routes, c’est reconnecter les périphéries, offrir une présence étatique tangible, et réduire les marges où prospèrent les groupes armés.
Car en Afrique de l’Ouest, l’asphalte n’est pas qu’un revêtement : c’est un outil de paix, de mobilité, et de cohésion nationale.
La Rédaction

