À Snake Park, les habitants vivent au rythme des poussières toxiques et des maladies invisibles.
Dans le quartier de Snake Park, à Soweto, la terre empoisonne ceux qui y vivent. Ce coin d’Afrique du Sud, autrefois prospère grâce à l’exploitation aurifère, est devenu le théâtre d’une lente intoxication collective. À quelques mètres des habitations, une ancienne mine d’or abandonnée libère chaque jour un cocktail de métaux lourds dans l’air, le sol et l’eau.
Des poussières radioactives dans l’air
Au fil des années, les collines de résidus miniers — appelées tailings — se sont érodées, exposant les riverains à une poussière chargée d’uranium, de plomb, d’arsenic et de zinc. Portée par le vent, cette brume mortelle s’infiltre dans les maisons, les potagers, les vêtements… et les corps.
De nombreux enfants souffrent de troubles respiratoires chroniques, de paralysie cérébrale ou encore de retards cognitifs. Des analyses ont révélé la présence de métaux lourds dans leurs cheveux, dans l’eau qu’ils boivent et jusqu’à la nourriture qu’ils consomment.
L’eau et la terre ne sont plus sûres
Les nappes phréatiques, contaminées par le drainage acide de la mine, véhiculent des éléments chimiques tels que le cuivre, le nickel et même du mercure. L’agriculture urbaine, pourtant essentielle pour la subsistance de nombreuses familles, devient elle-même un vecteur d’intoxication lente.
« Cette mine est un tueur silencieux. On la respire, on la boit, on la mange », témoigne un habitant de Snake Park, impuissant face à l’inertie des autorités.
Une responsabilité minière évacuée
Le cas de Snake Park n’est pas isolé : plus de 6 000 mines sont abandonnées en Afrique du Sud, dont beaucoup autour de Johannesburg. La plupart n’ont jamais été fermées officiellement ni sécurisées. Pire encore, aucune entreprise ne semble aujourd’hui responsable des dégâts causés, une faille juridique qui laisse les habitants seuls face au désastre.
Des promesses de remédiation, mais des résultats timides
Depuis octobre 2024, la société Pan African Resources a entamé un projet de retraitement des résidus à proximité. Objectif : limiter les émissions toxiques et réhabiliter les sols. Quelques formations ont été proposées aux résidents, mais les avancées restent lentes. Pendant ce temps, les maladies progressent.
Les experts appellent à une réponse d’envergure : clôturer les zones dangereuses, filtrer les eaux contaminées, relocaliser les familles les plus exposées et lancer un plan de reforestation pour fixer les poussières. Mais sans volonté politique ferme et financement massif, la lente agonie de Snake Park risque de se poursuivre.
Un drame sanitaire ignoré
Ce qui se joue à Snake Park dépasse la simple négligence environnementale. C’est une crise sanitaire, sociale et morale. Un rappel brutal que l’exploitation effrénée des ressources, sans plan de sortie ni justice environnementale, finit toujours par rattraper les plus vulnérables.
La Rédaction

