Alors que les frappes israéliennes s’intensifient sur l’Iran depuis le 13 juin 2025, vingt-et-un pays – dont dix africains – viennent de lancer un appel fort en faveur de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. Une déclaration au ton diplomatique, mais au message limpide : seule une dénucléarisation régionale totale permettrait d’éviter une escalade irréversible.
Une déclaration collective dans un climat de guerre
Le communiqué conjoint a été publié le 16 juin, en pleine flambée militaire entre Israël et l’Iran. Signataires : des puissances régionales du Golfe comme le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou encore la Turquie et le Pakistan, rejoints par des pays africains du nord et de l’est du continent. L’Égypte, la Mauritanie, l’Algérie, la Libye, le Soudan, la Somalie, le Tchad, Djibouti, les Comores et la Gambie affirment d’une seule voix : « Il est urgent de créer une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive au Moyen-Orient s’appliquant à tous les États de la région, sans exception ».
Un message lourd de sens alors que l’Iran est visé depuis plusieurs jours par des frappes d’Israël, qui affirme vouloir empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Les attaques ont notamment visé Téhéran et provoqué la fuite de civils, un incendie dans les locaux de la télévision d’État, et de nombreuses pertes civiles.
Israël, seule puissance nucléaire du Moyen-Orient ?
Si l’Iran est accusé par Tel-Aviv d’utiliser son programme civil pour développer en secret des capacités militaires, c’est Israël lui-même qui cristallise les critiques internationales. Car bien qu’il n’ait jamais reconnu officiellement posséder l’arme nucléaire, l’État hébreu est largement considéré comme la seule puissance nucléaire de la région. Il n’a pas signé le traité de non-prolifération (TNP), contrairement à l’Iran.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran disposerait aujourd’hui de suffisamment d’uranium enrichi pour produire plusieurs ogives, mais rien ne prouve qu’il dispose des moyens techniques pour les assembler ni qu’il ait franchi la ligne rouge.
Washington, désormais dirigé par Donald Trump, maintient une posture ambivalente. Le président américain a déclaré que « l’Iran aurait dû signer l’accord [de 2015 sur le nucléaire] », tout en reconnaissant que les services américains et israéliens divergent régulièrement dans leurs analyses sur le dossier.
Une Afrique concernée par les dérives nucléaires
La participation massive de pays africains dans cet appel à la dénucléarisation n’est pas anodine. Plusieurs d’entre eux ont déjà ratifié le traité de Pelindaba, qui interdit les armes nucléaires sur le continent africain. Le soutien à une zone dénucléarisée au Moyen-Orient reflète une cohérence diplomatique, mais aussi une inquiétude croissante : en cas de dérapage, les conséquences régionales – économiques, humanitaires, voire environnementales – seraient mondiales.
Cette déclaration commune, bien que sans force contraignante, vise à peser dans le débat international. Elle intervient alors que le Conseil de sécurité de l’ONU peine à adopter une position claire sur les dernières offensives israéliennes et que l’Iran multiplie les tirs de riposte vers Israël.
À travers cette initiative, les États signataires entendent poser une question stratégique essentielle : le Moyen-Orient peut-il espérer la paix tant qu’il reste une zone grise nucléaire ?
La Rédaction

