Abidjan, 17 juin 2025 – C’est une image que beaucoup attendaient : celle de Mamadi Doumbouya, en tenue civile de chef d’État, accueilli avec les honneurs à Abidjan par son homologue ivoirien Alassane Ouattara. Trois ans après avoir pris le pouvoir par un coup d’État à Conakry, le président de la transition guinéenne entame sa première visite officielle en Côte d’Ivoire. Un déplacement à forte valeur symbolique qui marque le retour progressif de la Guinée sur la scène diplomatique régionale.
Un geste politique fort
Cette visite intervient à un moment clé, alors que la Guinée poursuit une transition encore floue vers un ordre constitutionnel promis mais sans cesse repoussé. Mamadi Doumbouya a été officiellement invité par Alassane Ouattara lors d’un entretien téléphonique en mars dernier. Depuis, les préparatifs ont été menés avec une grande discrétion, reflet de la prudence diplomatique entourant ce déplacement.
C’est donc un geste fort de la part du président ivoirien, qui ouvre les portes du palais présidentiel à un dirigeant toujours non élu, mais désormais incontournable dans les équilibres ouest-africains. Le message est clair : Conakry compte à nouveau parmi les acteurs diplomatiques avec lesquels il faut composer.
Le poids de la realpolitik
Pour Abidjan, ce rapprochement est aussi une manière de maintenir un canal direct avec une Guinée au cœur de l’axe stratégique Guinée-Mali-Burkina, tous dirigés par des juntes militaires, avec qui la CEDEAO entretient des relations tendues. Dans ce contexte, Ouattara joue la carte de la stabilité régionale, préférant l’influence discrète au bras de fer.
Du côté guinéen, cette visite est une bouffée d’air. En s’affichant aux côtés d’un chef d’État respecté sur la scène africaine, Mamadi Doumbouya gagne en crédibilité. Le général-président tente ainsi de rééquilibrer une image ternie par les lenteurs de la transition et les critiques sur les atteintes aux libertés.
Une diplomatie en reconstruction
Depuis 2021, la Guinée a été partiellement isolée sur le plan diplomatique, suspendue de plusieurs instances régionales. Si les sanctions de la CEDEAO ont été allégées, la normalisation reste fragile. La visite d’Abidjan peut donc être vue comme une tentative de « réintégration douce » dans les cercles diplomatiques ouest-africains, en attendant de convaincre sur le fond : un calendrier électoral crédible.
Rien n’a filtré sur les accords ou engagements concrets attendus lors de ce voyage. Mais dans un contexte de recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest, cette rencontre entre Doumbouya et Ouattara a une valeur diplomatique indéniable. Elle amorce une nouvelle phase dans la politique extérieure guinéenne, plus pragmatique, moins isolée, mais encore marquée par une gouvernance de transition.
La Rédaction

