À l’occasion de la Journée de l’enfant africain, Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme : malgré des engagements répétés, la majorité des gouvernements africains peinent à financer une éducation publique gratuite et de qualité.
L’Union africaine a placé cette Journée de l’enfant africain 2025 sous le thème : « Planification et budgétisation des droits de l’enfant : progrès depuis 2010 ». Mais à l’heure des bilans, les chiffres sont sans appel. Selon les données recueillies par l’UNESCO, à peine un tiers des pays africains ont atteint les objectifs financiers convenus entre 2013 et 2023. Ce pourcentage a chuté à seulement un quart pour les années 2022 et 2023. Pire encore, quatorze pays n’ont jamais respecté ces seuils durant la dernière décennie.
Pourtant, en 2015, les 54 États africains membres de l’UNESCO s’étaient engagés à consacrer au moins 4 à 6 % de leur produit national brut (PNB) ou 15 à 20 % de leur budget national à l’éducation. Ces normes ont été réaffirmées à plusieurs reprises, notamment lors de la Déclaration d’Incheon (2015), la Déclaration de Paris (2021) ou encore plus récemment, la Déclaration de Nouakchott (2024), qui a relevé la barre supérieure à 7 % du PNB.
Mais les engagements ne suffisent pas. Les dépenses réelles sont en décalage criant, laissant le fardeau financier aux familles, qui couvrent près de 27 % des dépenses éducatives, selon la Banque mondiale (2021). En conséquence, plus de 100 millions d’enfants et adolescents ne sont pas scolarisés sur le continent – un record mondial, hors Afrique du Nord.
Un accès encore très inégal
Aujourd’hui, seuls 14 pays africains garantissent un accès réellement gratuit de la maternelle au secondaire, tandis que 21 assurent une gratuité sur les 12 années de l’enseignement de base. Le Maroc (hors Sahara occidental), la Namibie et la Sierra Leone sont les seuls pays à concilier gratuité complète et respect des normes de financement fixées par l’UNESCO.
Par ailleurs, l’éducation préscolaire reste le parent pauvre des politiques publiques. Alors qu’elle est cruciale pour garantir l’égalité des chances dès le plus jeune âge, elle demeure largement inabordable. Les frais d’inscription et coûts annexes continuent d’exclure les familles les plus pauvres, perpétuant les inégalités d’accès.
Une crise aggravée par les choix politiques
Les difficultés ne relèvent pas uniquement de la démographie galopante ou des crises sanitaires et climatiques. Les décisions politiques jouent un rôle majeur. De nombreux gouvernements ont réduit leurs budgets éducatifs pour répondre aux exigences de remboursement de la dette. Ainsi, 15 pays africains dépensent davantage pour le service de leur dette que pour l’éducation.
Cela se traduit concrètement par des enseignants mal payés, des écoles en ruine, des classes surchargées, et des systèmes incapables d’inclure les enfants marginalisés : filles enceintes, enfants en situation de handicap, réfugiés ou déplacés.
Une lueur d’espoir diplomatique
Dans une dynamique encourageante, la Sierra Leone co-préside une initiative au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU visant à actualiser le protocole facultatif de la Convention des droits de l’enfant. Objectif : inscrire dans le droit international l’accès universel à l’éducation préscolaire, primaire et secondaire gratuite. L’Afrique du Sud, le Ghana, le Burundi, le Botswana, la Gambie, le Malawi et le Soudan du Sud ont déjà exprimé leur soutien.
L’appel à un sursaut politique
Human Rights Watch exhorte les États africains à respecter leurs engagements budgétaires. Comme le souligne Mausi Segun, directrice Afrique de l’organisation
« Les gouvernements doivent urgemment protéger les dépenses éducatives des coupes budgétaires régressives, et financer l’éducation à la hauteur de leurs obligations. »
Car sans une hausse significative des investissements publics, l’objectif de scolariser chaque enfant africain d’ici 2030 risque de rester lettre morte.
La Rédaction

