Premier producteur mondial de noix de cajou, la Côte d’Ivoire change de cap : au lieu d’exporter ses récoltes brutes, elle mise désormais sur la transformation locale. Une stratégie qui pourrait bouleverser l’équilibre du marché international dès 2025.
C’est un changement stratégique majeur. En 2025, la Côte d’Ivoire pourrait transformer 50 % de sa production nationale de noix de cajou, contre seulement 30 % en 2024 et 4 % en 2018. Cette montée en puissance est spectaculaire : elle s’appuie sur une dizaine de nouvelles unités industrielles, en cours d’installation ou d’extension sur le territoire.
Réduire la dépendance à l’Asie
Jusqu’ici, plus de 90 % des noix brutes ivoiriennes étaient expédiées en Inde ou au Vietnam pour y être décortiquées, transformées, puis revendues à prix fort sur les marchés internationaux. Ce modèle, extrêmement profitable aux pays transformateurs, laissait aux producteurs ivoiriens une part dérisoire de la valeur ajoutée.
Avec cette stratégie de transformation sur place, Abidjan entend capter davantage de richesses locales, créer de l’emploi industriel, et peser davantage dans les négociations commerciales. Les autorités estiment qu’en atteignant 50 % de transformation locale, ce sont plus de 50 000 emplois directs et indirects qui pourraient être consolidés.
Une filière en pleine mutation
Le gouvernement ivoirien a fixé un objectif de 100 % de transformation locale d’ici à 2030. Pour y parvenir, il s’appuie sur des incitations fiscales, des partenariats avec des acteurs privés, et la montée en compétence des petites et moyennes entreprises du secteur. Certaines usines, à Korhogo ou Bouaké, ont déjà atteint un niveau de compétitivité qui leur permet d’exporter des amandes transformées vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Mais des défis persistent : le manque de main-d’œuvre qualifiée, les coûts énergétiques élevés et la nécessité d’améliorer la qualité du produit fini freinent encore la progression. Le secteur reste également confronté à une forte volatilité des prix mondiaux, ainsi qu’à la pression constante des géants asiatiques qui voient d’un mauvais œil cette montée en puissance ivoirienne.
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà de l’agriculture, c’est toute une logique de souveraineté économique que défend la Côte d’Ivoire à travers cette transformation locale. En gardant la valeur ajoutée sur place, le pays entend sortir du schéma hérité de la colonisation : produire, exporter brut, et racheter transformé.
Le pari est ambitieux, mais il semble désormais à portée de main. Si le cap est maintenu, la Côte d’Ivoire pourrait devenir dans les prochaines années non seulement le premier producteur, mais aussi le premier transformateur mondial de noix de cajou. Une double casquette rare en Afrique, et potentiellement exemplaire pour d’autres filières agricoles.
La Rédaction

