Entre fil d’or et fil d’histoire, la Tunisie dévoile l’éclat d’un patrimoine textile unique à Paris.
À travers l’exposition “Au fil de l’or. L’art de se vêtir de l’Orient au Soleil-Levant”, le musée du quai Branly – Jacques Chirac rend hommage aux traditions vestimentaires luxueuses, du Maghreb au Japon. Parmi les pièces les plus remarquées : les costumes brodés de la Tunisie, témoins vivants d’un savoir-faire ancestral au cœur de la Méditerranée.
Un éclat venu du Maghreb
Dans la section Costumes de lumière des pays du soleil couchant, les tenues tunisiennes captivent par la richesse de leurs broderies et la finesse de leurs matières. Or, soie, velours, étamine ou lin s’entrelacent pour produire des vêtements d’apparat, porteurs d’histoire. Le texte accompagnant cette section, signé par l’historienne Leila Temime Blili, met en lumière l’originalité du legs vestimentaire tunisien, nourri de croisements entre influences andalouses, ottomanes et locales.
Une mémoire textile entre Orient et Occident
Fruit d’un long dialogue entre cultures, l’exposition retrace l’usage de l’or textile depuis 7 000 ans. Présents dans l’Égypte antique, les soieries persanes, les kimonos japonais ou les caftans maghrébins, les fils dorés furent réservés aux élites, religieux ou militaires. Le catalogue de plus de 300 pages, auquel participent 34 chercheurs, replace la Tunisie dans une cartographie textile mondiale, du détroit de Gibraltar à la mer de Chine.
Broderies tunisiennes : un lexique en or
Parmi les pièces majeures exposées figurent une somptueuse kiswa tarayoun de Tunis – costume de mariée en velours orné de soie, cannetilles et paillettes – et une série d’habits emblématiques de villes tunisiennes :
• la qmejja qsira de Sousse,
• la koufia de Moknine,
• la kmejja de Sfax,
• la farmla de Raf-Raf,
• la robe kadrûn de Hammamet,
• et la shushâna de Raf-Raf.
Chaque pièce incarne une identité locale forte, à la fois artistique et sociale. Si les coupes restent sobres, la broderie d’or transforme ces vêtements en véritables œuvres d’art.
Le vêtement, entre capital et transmission
Les recherches de Leila Temime Blili rappellent que ces habits n’étaient pas seulement portés, mais constituaient une réserve de valeur. À défaut d’archives visuelles, les historiens se tournent vers les contrats de mariage pour reconstituer les usages : quatre tenues saisonnières y étaient souvent exigées.
Au XIXe siècle, le caftan s’efface au profit de la djebba, plus structurée, puis, après la Première Guerre mondiale, apparaît le tarayoun, inspiré de l’uniforme des tirailleurs nord-africains.
Aujourd’hui, cet héritage refait surface dans les créations de jeunes stylistes tunisiens, qui redécouvrent les codes anciens pour les réinterpréter.
Quand l’or relie les civilisations
L’exposition se clôt sur des créations contemporaines de Guo Pei, grande figure de la haute couture chinoise, dont les robes inspirées des sommets himalayens renouent avec l’aura sacrée du métal précieux. Une manière de rappeler que l’or, né dans les étoiles selon les astrophysiciens, continue d’inspirer les mains humaines, de Tunis à Tokyo.
La Rédaction

