Le pouvoir s’éternise à Bamako
Le Conseil des ministres malien a adopté mercredi un projet de loi qui prolonge de cinq ans le mandat du colonel Assimi Goïta, chef de la junte militaire au pouvoir depuis 2020. Ce texte prévoit une révision de la Charte de transition, ouvrant ainsi la voie à un mandat renouvelable à partir de 2025.
Cette décision, annoncée dans un contexte politique de plus en plus verrouillé, intervient après la dissolution unilatérale des partis politiques par décret présidentiel en mai. Une mesure sévère justifiée par la junte comme une réponse aux « dysfonctionnements » du système démocratique, mais largement interprétée comme un coup de force contre toute opposition.
Le projet de loi, fruit des recommandations d’un dialogue national organisé en avril — et largement boycotté par les forces politiques —, doit encore être ratifié par le Conseil national de transition, un organe acquis à la junte. Dans les rues de Bamako, les voix dissidentes se font rares : les enlèvements ciblés de militants pro-démocratie se sont multipliés ces dernières semaines, dans une atmosphère de peur et de répression croissante.
Depuis le double putsch de 2020 et 2021, Assimi Goïta s’est progressivement imposé comme l’homme fort d’un pays en crise, déstabilisé par une insécurité chronique, notamment dans le centre et le nord, où sévissent des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Alors que la junte s’était engagée à rendre le pouvoir aux civils d’ici mars 2024, elle a reporté les élections sine die. Aucune date n’est annoncée à ce jour pour une présidentielle.
Ce prolongement de mandat, habillé de légalité transitionnelle, sonne comme une nouvelle mise entre parenthèses du processus démocratique au Mali. Et confirme une tendance lourde dans le Sahel : celle de régimes militaires qui s’installent dans la durée sous couvert de stabilité.
La Rédaction

