Un nouveau palier de violence a été franchi dans le Sahel, où la menace jihadiste se transforme en guerre ouverte. Plus de 400 soldats ont été tués en un mois dans une série d’attaques d’une intensité inédite menées au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L’hécatombe place les régimes militaires au pied du mur, révélant les limites d’une stratégie sécuritaire reposant sur la rupture avec l’Occident et l’alliance avec la Russie.
Le Mali saigné par les assauts répétés
Dimanche 1er juin, les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont lancé une attaque d’une rare brutalité contre la base militaire de Boulkessi, dans le centre du Mali, près de la frontière avec le Burkina Faso. Selon des sources sécuritaires, plus de 30 militaires maliens auraient été tués. L’armée a reconnu un repli, évoquant une « défense acharnée » sans donner de chiffres.
La veille, le JNIM avait revendiqué une attaque sur la base de Dioura, affirmant avoir tué 40 soldats. Ce lundi, le groupe a ciblé l’aéroport militaire de Tombouctou et des mercenaires russes présents sur place. Des témoins ont rapporté des explosions massives et des tirs nourris. « C’est la panique. On ne sait pas ce qui se passe », confie un habitant.
Des images, non encore authentifiées, montrent des insurgés profanant les corps de soldats. Un acte destiné à semer la terreur et à affirmer la suprématie des jihadistes sur un État malien affaibli.
Burkina Faso et Niger : des pertes militaires colossales
La vague d’attaques s’étend bien au-delà du Mali. Au Burkina Faso, les jihadistes ont multiplié les offensives, notamment dans la ville de Djibo. Le JNIM affirme avoir tué 200 soldats burkinabè dans des affrontements récents. À Sirakorola, l’armée aurait réussi à repousser une attaque, mais la pression reste constante.
Au Niger, plus de 100 militaires ont été tués lors de deux attaques coordonnées les 24 et 26 mai, respectivement dans les régions de Tahoua et Dosso. Les autorités n’ont pas encore confirmé ces bilans, mais des sources locales évoquent des combats violents et des pertes lourdes.
Le pari sécuritaire des juntes militaires remis en question
Les trois pays du Liptako-Gourma – Mali, Burkina Faso et Niger – sont aujourd’hui dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État. Tous ont justifié leur prise de pouvoir par l’incapacité des gouvernements civils à enrayer l’insurrection jihadiste.
Mais en un mois, la promesse de rétablir la sécurité s’est effondrée sous les assauts du JNIM. Les nouvelles alliances, notamment avec la Russie et ses mercenaires du groupe Wagner, n’ont pas encore produit les effets escomptés. Sur le terrain, les jihadistes apparaissent mieux organisés, plus mobiles, et capables de frapper simultanément plusieurs zones stratégiques.
Une crise qui dépasse les frontières
L’onde de choc sécuritaire s’accompagne d’un désastre humanitaire. Déjà plus de 3 millions de déplacés fuient les violences dans la région. L’économie est à l’arrêt dans plusieurs zones rurales. Le tissu social s’effondre. Et la coopération régionale reste faible, dans un contexte de rupture avec la CEDEAO et de rejet des anciennes puissances coloniales.
Le Sahel s’enfonce dans une crise multidimensionnelle – militaire, politique, humanitaire – qui menace de s’étendre bien au-delà de ses frontières. L’Union africaine, comme les Nations unies, peinent à formuler une réponse coordonnée. Pendant ce temps, les jihadistes, eux, avancent.
La Rédaction

