Des archéologues ont découvert plus de 50 sépultures appartenant à une ancienne communauté de pêcheurs de requins au nord du Pérou. Certaines contiennent des bras et jambes qui ne correspondent pas aux défunts.
C’est une énigme millénaire enfouie dans le sable de Huanchaco, petite ville côtière au nord du Pérou. Une équipe d’archéologues a mis au jour en 2018 un ancien village de pêcheurs et 54 sépultures attribuées à la culture Virú, une civilisation peu connue qui prospéra entre l’an 100 et 750 de notre ère, avant d’être absorbée par les Moche.
Les tombes, riches en objets rituels, intriguent les chercheurs par leur contenu inhabituel : près de 30 sépultures contiennent des membres humains supplémentaires – principalement des bras et des jambes – ajoutés aux squelettes principaux. Dans un cas, deux jambes ont été soigneusement déposées à côté d’un corps intact.
Une symbolique funéraire troublante
Les premiers examens suggèrent que ces membres ne proviennent pas de mutilations du défunt, mais bien d’autres individus. Les archéologues envisagent plusieurs hypothèses : des offrandes sacrificielles destinées à accompagner les morts dans l’au-delà, ou des pratiques rituelles liées au statut ou à la cause du décès. Beaucoup de ces squelettes portent d’ailleurs des traces de traumatismes, comme des coupures ou des fractures infligées par des armes contondantes.
Une civilisation marquée par la mer
Ces sépultures témoignent aussi d’une culture profondément ancrée dans la pêche et les traditions maritimes. Les objets retrouvés incluent des poteries décorées de visages humains et d’animaux marins stylisés, des bijoux et même des feuilles de cuivre insérées dans la bouche des défunts. L’un des objets les plus remarquables est un hameçon en cuivre de plus de 10 centimètres, enveloppé d’une feuille d’or, conçu pour la capture de très gros poissons… ou de requins.
Cette découverte s’inscrit dans une longue tradition de chasse au requin sur la côte péruvienne. En 2010, l’archéologue Gabriel Prieto avait déjà mis au jour un temple vieux de 3 500 ans dans la région de Huanchaco, utilisé par des chasseurs de requins. Dix ans plus tard, il retrouvait sous une plateforme cérémonielle moche les restes de plusieurs grands poissons marins, dont des requins et des thons jaunes.
Les pêcheurs de Huanchaco, aujourd’hui encore, utilisent les Caballitos de Totora, des embarcations en roseau héritées de cette histoire plurimillénaire. À travers les sépultures Virú, c’est toute une mémoire maritime qui refait surface, entre rites funéraires et traditions halieutiques.
La Rédaction

