Ce 30 mai 2025 marque une étape décisive pour l’agriculture ouest-africaine : la Côte d’Ivoire vient d’ouvrir à Abidjan la première bourse régionale dédiée aux matières premières agricoles. Après sept années de préparation, la Bourse des Matières Premières Agricoles (BMPA) entre en activité réelle, avec l’ambition de structurer et moderniser le commerce des produits agricoles locaux.
Un marché pour fixer les prix à l’échelle nationale
Le 28 mai dernier, pour sa cérémonie de lancement, la BMPA a enregistré des échanges éclair : 89 tonnes de noix de cajou, de cola et de maïs ont été vendues en moins de dix minutes, pour un montant avoisinant les 31 millions de francs CFA. Un démarrage symbolique, mais prometteur. Désormais, les prix de ces produits ne seront plus dictés uniquement par les acheteurs internationaux, mais se construiront autour du jeu de l’offre et de la demande locale.
Une logistique rodée, au service des producteurs
Le fonctionnement est simple : les agriculteurs déposent leur production dans des entrepôts agréés répartis à proximité des zones agricoles. En échange, ils reçoivent un récépissé, assimilé à un titre de propriété échangeable à la bourse. Ces documents permettent aux courtiers de proposer les lots en ligne aux acheteurs — industriels, transformateurs ou exportateurs. Ce système garantit transparence, traçabilité et fluidité des transactions.
Des entrepôts capables de lisser les excédents
Avec une capacité de stockage de 500 000 tonnes, les entrepôts homologués jouent un rôle stratégique. Dans une filière comme celle de la noix de cajou, dont la récolte est concentrée sur une courte période, le stockage permet d’éviter la saturation du marché. « Cela permet de vendre plus tard, quand les prix deviennent favorables aux producteurs », explique Beh Soro, responsable de l’interprofession anacarde.
Une ambition mesurée mais structurante
Dans un premier temps, la BMPA vise à encadrer 20 à 30 % des volumes de production des trois matières cotées. Les séances se déroulent en semaine, de 10h à 12h GMT, avec une fluctuation maximale autorisée des prix de 10 à 15 % par jour, afin de protéger producteurs et acheteurs contre la volatilité excessive.
En créant un mécanisme transparent de fixation des prix et d’écoulement de la production, la Côte d’Ivoire prend une longueur d’avance dans l’intégration économique régionale. Cette bourse pourrait devenir, à terme, une référence ouest-africaine en matière de gouvernance agricole, et renforcer le pouvoir des producteurs locaux face aux marchés mondiaux.
La Rédaction

