Sous-titre : Deux ans après l’arrêt des travaux, le complexe sportif d’Olembé reste figé. L’entreprise canadienne Magil réclame 16 milliards de FCFA à l’État camerounais, qui l’accuse à son tour de surfacturation et de manquements contractuels.
Le complexe d’Olembé devait être le joyau du football camerounais. Au lieu de cela, il s’est mué en symbole de blocage, de litige et de méfiance contractuelle. Plus de deux ans après la fin de la CAN 2022, le chantier est toujours à l’arrêt, les grues immobiles et les tribunes vides. En toile de fond, un bras de fer oppose désormais le gouvernement camerounais au groupe canadien Magil Construction, chargé de terminer l’ouvrage abandonné par l’italien Piccini.
Une dette contestée
Magil réclame 16 milliards de francs CFA – soit environ 25 millions d’euros – pour des prestations qu’elle affirme avoir exécutées. Selon elle, la réception anticipée des travaux, validée par le ministère camerounais des Sports, suffit à justifier le déblocage de cette somme. Mais Yaoundé campe sur sa position : Magil aurait déjà perçu 42 milliards de FCFA, presque le double du budget initial prévu pour la première phase. De quoi justifier une refus catégorique de paiement supplémentaire, assorti d’une menace de poursuites juridiques.
Une affaire internationale
Face à l’impasse, le contentieux a franchi les frontières. En 2023, la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris a tranché en faveur de Magil, enjoignant l’État camerounais de verser les fonds litigieux dans un compte séquestre. Une décision que Yaoundé refuse toujours d’exécuter, évoquant des manquements contractuels graves de la part de l’entreprise.
Le fiasco d’un projet phare
Le projet du complexe d’Olembé, lancé en grande pompe pour la Coupe d’Afrique des Nations organisée par le Cameroun en 2022, s’enlise désormais dans un cycle de ruptures de contrat, de surfacturations, et d’immobilisme chronique. Après avoir résilié son contrat avec l’italien Piccini en 2019, l’État camerounais s’était tourné vers Magil, avec la promesse d’achever rapidement les travaux. Cinq ans plus tard, le chantier reste inachevé, et le stade peine à justifier les centaines de milliards de FCFA investis.
Une image écornée
Cette affaire dépasse le cadre du sport. Elle ternit l’image du Cameroun à l’international, renforce la méfiance envers la gestion des marchés publics, et pose la question du suivi des investissements publics dans les infrastructures stratégiques. À quelques mois d’échéances électorales cruciales, l’enlisement du projet d’Olembé devient également un fardeau politique pour le gouvernement.
Et maintenant ?
Le gouvernement envisage une contre-attaque judiciaire, pendant que Magil reste campé sur sa ligne. En attendant, le complexe sportif d’Olembé est devenu un gouffre financier, une cicatrice de béton, et un symbole du désenchantement infrastructurel au Cameroun.
La Rédaction

