Le 28 mai 2025, la Namibie a inauguré pour la première fois une journée nationale de commémoration du génocide des Hereros et des Namas. Un siècle après les massacres perpétrés par les forces coloniales allemandes, le pays affronte enfin une mémoire trop longtemps occultée.
Entre 1890 et 1908, l’armée impériale allemande réprime dans le sang les révoltes des peuples herero et nama. Près de 80 % des Hereros et 50 % des Namas sont exterminés, victimes de déportations, de massacres ou abandonnés à la mort dans le désert du Kalahari. Ce génocide, longtemps nié, est aujourd’hui reconnu par une partie de la communauté historique comme le premier du XXe siècle.
Après la Première Guerre mondiale, la Namibie passe sous mandat de la Société des Nations, qui en confie la gestion à l’Union sud-africaine. Cette nouvelle tutelle marque l’entrée dans une période d’apartheid colonial : les terres sont confisquées, les populations noires marginalisées, les fermiers spoliés.
En décembre 1971, une grève générale éclate parmi les travailleurs ovambos. Ils dénoncent un système de travail humiliant, assimilé à une forme d’esclavage moderne. En mars 1972, le Secrétaire général de l’ONU, Kurt Waldheim, se rend sur place. Il y découvre les conditions de vie effroyables des ouvriers ovambos, transportés dans des camions et entassés dans des dortoirs.
Pourtant, l’ONU avait déjà révoqué en 1966 le mandat sud-africain, et reconnu dès 1973 la SWAPO (South West Africa People’s Organization) comme seul représentant légitime du peuple namibien.
En 1974, la SWAPO engage une lutte armée contre l’occupation sud-africaine. Après plusieurs années de guérilla et de tractations internationales, les accords de Brazzaville de 1988 ouvrent la voie à l’indépendance. La Namibie devient officiellement un État souverain le 21 mars 1990.
La création de cette journée nationale de mémoire, inaugurée le 28 mai 2025, marque un tournant. Elle redonne une voix aux descendants des victimes, et inscrit enfin dans l’histoire officielle la brutalité de la colonisation allemande. Une mémoire réparatrice commence à se construire, mais les cicatrices sont profondes. Et les discussions avec l’Allemagne, notamment sur les réparations, restent ouvertes.
La Rédaction

