Le Sénégal est confronté à une vague inédite de faux monnayage depuis le début de l’année 2025. Douane, Police et Gendarmerie multiplient les saisies et les arrestations, révélant l’ampleur d’un phénomène aussi sophistiqué que transnational. En moins de six mois, plus de 20 milliards de francs CFA en faux billets ont été interceptés.
Une poussée spectaculaire de la contrefaçon
Les services sénégalais de sécurité ont adopté une posture offensive face à une criminalité financière en expansion. Les faussaires ne se contentent plus de petites coupures artisanales. Désormais, ce sont des cargaisons de « billets noirs » — souvent utilisés dans des circuits de blanchiment ou de fraude à grande échelle — qui sont ciblées.
La Douane, en première ligne, enregistre les saisies les plus importantes. La plus marquante a eu lieu début mai à Pikine : 10 millions d’euros en billets noirs, 1,5 million de dollars, et deux arrestations. À Silinkine, près de Bignona, ce sont 4 700 billets de 500 euros qui ont été confisqués — preuve que la zone sud est aussi exploitée par les réseaux.
Des profils variés, des réseaux ramifiés
Les individus arrêtés ne sont pas tous issus du milieu criminel classique. À Kahone, un étudiant a été pris avec l’équivalent de 3 milliards FCFA en billets noirs. À Keur Massar, ce sont deux étrangers, porteurs de 5 millions de dollars en coupures de 100, qui ont été interpellés. Ces profils variés laissent penser à des structures organisées, aux ramifications internationales.
À Dakar, à Thiès ou encore à Fatick, les forces de l’ordre font face à une organisation qui combine techniques de blanchiment, production artisanale, et parfois même trafic de drogue. Le démantèlement d’un atelier clandestin à Keur Massar a mis en évidence cette convergence : faux billets, produits chimiques, et même haschisch figuraient au tableau de chasse.
Un tournant sécuritaire
Les plus de 20 milliards FCFA saisis en moins de six mois traduisent un tournant majeur. D’une part, la criminalité financière prend de l’ampleur au Sénégal. D’autre part, l’État semble répondre avec des moyens accrus et une meilleure coordination entre ses différentes forces. Les autorités n’ont pas hésité à communiquer publiquement sur ces succès, dans une volonté claire d’afficher leur vigilance et de dissuader les candidats à la contrefaçon.
Les prochaines étapes consisteront à renforcer la coopération régionale, car plusieurs indices laissent penser que ces réseaux opèrent au-delà des frontières, notamment entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée et le Mali. Le faux monnayage devient ainsi une affaire de sécurité régionale.
L’intensification de la lutte contre les billets noirs au Sénégal est plus qu’une simple réponse policière : elle révèle l’émergence d’un défi structurel à la stabilité économique et à la confiance dans la monnaie. Plus de 20 milliards FCFA saisis ne sont qu’un symptôme : derrière, une économie parallèle tente de s’imposer, et l’État entend y opposer une fermeté sans relâche.
La Rédaction

