Deux ans après l’adoption de la loi anti-homosexualité, le pays s’enfonce dans une répression assumée, encouragée par le pouvoir.
« Homosexualité aggravée » : c’est le terme orwellien utilisé en Ouganda pour justifier l’impensable. Depuis 2023, cette infraction peut valoir à un citoyen ougandais la peine de mort. Et aujourd’hui, à travers un rapport glaçant, l’ONG Human Rights Watch tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : les violences sont devenues systémiques, l’impunité totale, et la terreur quotidienne.
Une loi liberticide, votée et assumée
Le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, a signé la loi anti-homosexualité en mai 2023, affirmant qu’elle était nécessaire pour « protéger la culture africaine ». Elle criminalise non seulement les actes homosexuels, mais aussi toute forme de soutien ou de plaidoyer pour les droits LGBTQ+. Les ONG, les journalistes, et même les familles sont désormais exposés à des poursuites.
Les conséquences sont immédiates : descentes de police dans les centres de santé, arrestations arbitraires, campagnes de dénonciation, expulsions, licenciements et actes de torture en détention. Human Rights Watch dénonce également la pratique dégradante des “tests anaux” forcés, une méthode pseudo-médicale considérée comme un acte de torture par les Nations Unies.
Une homophobie devenue politique
Ce durcissement ne tombe pas du ciel. En Ouganda, l’homophobie est depuis longtemps instrumentalisée par le régime pour détourner l’attention des problèmes économiques, du chômage massif et de la corruption généralisée. Les campagnes contre les homosexuels servent de paravent populiste à un régime en perte de légitimité. La haine devient alors une ressource politique.
Ce phénomène est aggravé par l’influence de certains groupes religieux ultraconservateurs, notamment des missionnaires évangéliques venus des États-Unis, qui ont pesé sur l’agenda législatif local. Le résultat est une légitimation sociale de la violence : aujourd’hui, tabasser ou dénoncer une personne LGBTQ+ est non seulement toléré, mais parfois encouragé par les autorités.
Un isolement croissant sur la scène internationale
Face à cette dérive, la communauté internationale réagit timidement. Les États-Unis ont réduit leur coopération sécuritaire, la Banque mondiale a suspendu ses nouveaux prêts, et plusieurs ONG ont quitté le pays. Mais pour Museveni, ces critiques sont perçues comme une fierté nationaliste. En Ouganda, la loi est présentée comme un acte de souveraineté face aux “valeurs occidentales”.
Pendant ce temps, la population LGBTQ+ vit traquée, sans recours, dans un climat d’invisibilité et de peur. Le rapport de Human Rights Watch rappelle que ces violences ne sont pas des accidents : elles sont structurelles, organisées, et cautionnées.
La Rédaction

