La façade atlantique mauritanienne s’impose comme la principale rampe de départ des migrants subsahariens vers l’Europe, au détriment du Maghreb.
La migration irrégulière vers l’Espagne change de visage. En 2024, ce ne sont plus les côtes marocaines ou algériennes qui dominent les flux vers l’Europe, mais la Mauritanie. Selon le rapport annuel sur la sécurité nationale espagnole, plus de 25 000 migrants ont quitté ce pays pour rejoindre les côtes espagnoles, un chiffre qui dépasse ceux cumulés du Maroc et de l’Algérie.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large : 72 % des arrivées en Espagne par voie maritime sont désormais d’origine subsaharienne, contre 62 % en 2023. En tout, 61 372 migrants ont atteint les côtes espagnoles, un record absolu qui marque une hausse de 10,3 % par rapport à l’année précédente.
Le Sahel instable, la Mauritanie exposée
La montée en puissance de la Mauritanie comme tête de pont migratoire s’explique en grande partie par l’instabilité croissante au Sahel. Le Mali, voisin direct, connaît une dégradation accélérée de sa situation économique et sécuritaire, amplifiée par la militarisation croissante et l’influence grandissante de la Russie dans la région.
Ce contexte pousse de plus en plus de jeunes à fuir, avec pour escale la Mauritanie. Ce pays, longtemps resté en marge des grandes routes migratoires, se transforme désormais en un hub central vers l’Europe.
Routes réactivées et nouvelles pressions
Les îles Canaries, toujours en première ligne, ont vu les arrivées grimper de 17,4 % (46 843 personnes), tandis que les Baléares enregistrent une explosion de 158,3 % (5 882 migrants), preuve que les routes migratoires se diversifient. La route atlantique reste très active (+18 %), à rebours de la route méditerranéenne, en net recul (-6 %), affectée par le durcissement des politiques migratoires en Libye et en Tunisie.
Autre signal fort : le retour de la route nigérienne via Agadez, point stratégique du trafic humain au Sahara, signe d’une résilience des réseaux malgré les efforts de contrôle régionaux.
Maliens et Sénégalais en tête des arrivées
La mutation du profil des migrants est également frappante : le Mali devient en 2024 le premier pays d’origine des migrants arrivant en Espagne, avec une augmentation spectaculaire de 543 %. Suivent les Sénégalais (11 824), les Algériens (9 552) et les Marocains (6 945).
Cette transformation accentue la pression sur les capacités d’accueil et les dispositifs de protection humanitaire en Espagne, déjà fragilisés.
La Rédaction

