À Bamako, le rêve d’un Sahel maître de son destin a franchi une nouvelle étape.
Les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont donné récemment corps à leur vision commune en lançant les bases d’une institution bancaire inédite : la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES). Cette rencontre ministérielle, organisée au Centre international de conférences de Bamako, marque un tournant stratégique pour l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023 pour rompre avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
Réunis autour du pilier « Développement », les ministres ont mis en avant quatre axes structurants de la confédération : sécurité collective, intégration économique, souveraineté financière, et identité culturelle. La BCID-AES s’inscrit dans cette ambition de rupture assumée avec les modèles économiques extérieurs. Son objectif : garantir un financement autonome des projets structurants, loin des injonctions des bailleurs internationaux.
« Une nouvelle page de notre histoire partagée », a déclaré le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga. À ses côtés, son homologue nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a salué « l’engagement autour d’un projet commun », tandis que le ministre burkinabè de l’Économie, Dr Aboubakar Nacanabo, a évoqué une région désormais prête à s’imposer comme « un acteur majeur dans le concert des nations africaines et mondiales ».
La Confédération, forte d’environ 78 millions d’habitants, veut désormais traduire sa rupture géopolitique en puissance économique. Pour les trois pays sahéliens confrontés à la violence armée, à l’instabilité institutionnelle et aux défis de gouvernance, la BCID-AES pourrait devenir l’instrument-clé d’un développement réellement endogène.
La rencontre de Bamako s’est tenue dans la foulée d’un premier dialogue entre l’AES et la Cédéao sur les modalités de leur coexistence. Mais pour les dirigeants de l’AES, l’heure n’est plus à la tutelle régionale, mais à l’invention d’un autre modèle. « L’audace d’un avenir repensé », selon les mots du général Maïga, pourrait bien se transformer en réalité économique, si la BCID-AES parvient à incarner la stabilité et la confiance que les populations attendent.
La Rédaction

