Les tribunes restent silencieuses. En mars 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a encore durci ses exigences en refusant d’homologuer le stade Baréa d’Antananarivo, à Madagascar. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : au total, 21 pays africains sont aujourd’hui dans l’incapacité d’accueillir un match international officiel sur leur propre sol. En cause, des stades vétustes, des travaux inachevés, et une homologation CAF de plus en plus rigoureuse.
Une Coupe d’Afrique sans Afrique ?
Alors que les sélections du continent se préparent pour des rencontres amicales en juin 2025 – en Europe, au Maroc, au Canada ou encore dans le cadre de la Coupe du Cosafa en Afrique du Sud – aucun match officiel ne sera disputé à domicile dans ces 21 pays. Le hasard du calendrier, qui n’impose que des matchs amicaux, cache pour un temps le malaise. Mais à l’approche des qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ou la Coupe du monde, c’est tout le modèle du football africain qui vacille.
Une géographie de l’oubli
Parmi les pays concernés, on retrouve le Burkina Faso, le Bénin, la Guinée, Madagascar, mais aussi le Libéria, le Tchad, le Niger, les Comores… Ces États sont contraints d’exiler leurs équipes, souvent au Maroc, devenu une terre d’accueil privilégiée grâce à la qualité de ses infrastructures. La CAF, de son côté, n’homologue plus par indulgence, et impose des normes similaires à celles de la FIFA. Résultat : des stades fermés, des nations délocalisées, et des supporters privés de matchs à domicile.
Des travaux… mais à deux vitesses
Face à cette impasse, les gouvernements africains ont lancé d’importants chantiers. Certains pays, comme le Mali ou la RDC, espèrent achever leurs rénovations dans les mois à venir. D’autres, comme la Sierra Leone ou le Burundi, peinent à réunir les fonds ou à imposer des standards techniques suffisants. Parfois, les stades sont rénovés… mais l’accès, les vestiaires, l’éclairage ou la sécurité ne suivent pas. La CAF, elle, ne transige plus : tout doit être conforme.
Une humiliation continentale
Voir autant de sélections nationales jouer à l’extérieur par défaut, parfois devant un public étranger, pose un problème d’ordre non seulement sportif, mais aussi politique et identitaire. C’est tout l’écosystème du football africain qui en pâtit : perte de revenus, manque d’engouement local, fragilisation des fédérations. Et surtout, déconnexion du peuple avec sa propre équipe.
L’urgence d’une stratégie continentale
Ce constat révèle l’urgence d’une politique commune d’investissement dans les infrastructures sportives africaines. Les partenariats public-privé, les projets soutenus par la FIFA ou par des fonds de développement régional pourraient changer la donne. Mais tant que les pays agiront en ordre dispersé, le football africain restera en partie délocalisé, dépendant, et silencieux.
La Rédaction

