L’espoir du renouveau a viré à la désillusion. Quelques mois après son élection à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Tidjane Thiam fait face à une fronde interne sans précédent. Entre stratégies floues, communication verrouillée et inéligibilité à la présidentielle de 2025, les critiques se déchaînent.
Il avait été accueilli en sauveur. En décembre 2023, le retour de Tidjane Thiam à la vie politique ivoirienne avait tout d’un événement historique. Ancien patron du Crédit Suisse, auréolé d’une carrière internationale brillante, il incarnait pour beaucoup l’avenir du plus vieux parti du pays. Mais l’illusion n’aura pas duré.
Aujourd’hui, c’est la désillusion qui domine au sein du PDCI. Les critiques, longtemps contenues, éclatent désormais au grand jour. La démission fracassante de Maurice Kakou Guikahué, figure historique et homme d’équilibre, a sonné comme un signal d’alarme. « Mon parti est en train de s’écrouler », confie un cadre en privé. D’autres dénoncent une direction « solitaire », une stratégie « hors sol » et un chef devenu invisible sur le terrain.
Un chef inéligible à la présidentielle
Le cœur du malaise ? L’inéligibilité de Tidjane Thiam à l’élection présidentielle de 2025. En vertu du code électoral ivoirien, son absence prolongée du territoire national le prive de candidature. Pour de nombreux militants, ce handicap rend sa stratégie illisible. Pourquoi s’emparer d’un parti d’opposition si ce n’est pas pour briguer la magistrature suprême ?
Cette contradiction alimente frustrations et soupçons. D’aucuns estiment que Thiam joue un jeu d’alliances floues avec le pouvoir actuel, voire qu’il prépare une recomposition politique hors du champ traditionnel du PDCI.
Un parti sans boussole
Depuis plusieurs mois, les décisions prises par la direction suscitent l’incompréhension. Aucun congrès idéologique. Peu de tournées politiques. Des instances paralysées. Et une base militante déboussolée.
« Il dirige à distance, comme un conseil d’administration », lâche un ancien élu. Le contraste avec la proximité d’Henri Konan Bédié, décédé en 2023, est brutal. Là où le vieux sage rassemblait, Thiam semble diviser.
Des fractures générationnelles
La crise actuelle révèle aussi une tension larvée entre générations. Beaucoup de jeunes cadres voyaient en Thiam un levier de modernisation. Mais l’absence d’ouverture vers les nouveaux visages, et la réactivation de réseaux d’influence anciens, ont fini par les désenchanter.
L’avenir du PDCI est suspendu à une clarification urgente : Tidjane Thiam souhaite-t-il reconstruire un parti d’opposition ou jouer un rôle plus technocratique dans un système figé ?
Une recomposition inévitable ?
Face à cette impasse, plusieurs figures envisagent déjà des alternatives. L’idée d’une nouvelle coalition d’opposition refait surface. D’autres pensent à un retour aux fondamentaux du parti, loin des personnalités providentielles.
Quoi qu’il en soit, le PDCI joue sa survie. Et Tidjane Thiam, s’il veut éviter un naufrage, devra choisir entre incarner un vrai chef politique… ou céder la place.
La Rédaction

