Raids meurtriers, pillages, propagande macabre… Le nord du Mozambique connaît une nouvelle flambée de violence.
Le spectre du terrorisme islamiste plane à nouveau sur le nord du Mozambique. En ce mois de mai 2025, la province de Cabo Delgado, déjà éprouvée par des années de violences, fait face à une résurgence inquiétante des attaques menées par les insurgés affiliés à l’État islamique.
Une attaque meurtrière contre l’armée rwandaise
Le 1er mai, le village de Ntotwe, dans le district de Macomia (Cabo Delgado), a été la cible d’une embuscade sanglante. Trois soldats de la Force de défense du Rwanda (RDF) ont été tués, selon plusieurs sources locales. L’attaque a été revendiquée par la Province de l’État islamique au Mozambique (ISMP), qui a diffusé des images macabres des corps des soldats sur ses réseaux de propagande, une pratique rare mais calculée pour semer la peur.
Les insurgés auraient également saisi deux lance-roquettes RPG-7, augmentant ainsi leur capacité de nuisance.
Le conflit s’étend vers le centre et le sud de Cabo Delgado
Jadis concentrées dans le nord, les attaques s’étendent désormais plus au sud, dans les districts d’Ancuabe et de Balama. Ce glissement géographique menace directement des zones jusqu’ici relativement épargnées, compliquant la réponse militaire et humanitaire.
Des camps touristiques détruits dans la province de Niassa
La province voisine de Niassa n’est pas épargnée. Fin avril, des militants armés ont pris d’assaut le camp de safari sud-africain Chapungu-Kambako, situé sur les rives de la rivière Lugenda. Le site a été pillé : carburant, nourriture, équipements de communication, pompes à eau et systèmes solaires ont été emportés ou détruits. Certaines infrastructures ont été incendiées.
« Vingt ans de travail partis en fumée en une journée », déplore Jumbo Moore, copropriétaire du camp, dans un entretien accordé à la presse mozambicaine. Les réservations en cours ont été réorientées vers d’autres camps du groupe situés au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud et au Zimbabwe.
Des gardes forestiers tués, un sanctuaire en danger
Deux inspecteurs de la Réserve spéciale de Niassa ont été tués lors de l’attaque. Deux autres restent portés disparus. Le Mariri Sport Hunting Camp, un autre site écologique, a également été visé fin avril. Face à ces menaces, le Niassa Carnivore Project, qui protège les lycaons et autres grands carnivores, a décidé de retirer temporairement son personnel de la réserve.
« Cette expansion de la violence vers l’une des zones de conservation les plus importantes du pays est profondément préoccupante », a réagi l’organisation dans un communiqué.
Un conflit relancé malgré l’intervention rwandaise
Depuis 2017, le Mozambique fait face à une insurrection islamiste dans cette région riche en gaz naturel. En 2021, plus de 2 000 soldats rwandais ont été déployés dans le Cabo Delgado, notamment pour protéger les installations de TotalEnergies, acteur majeur du projet gazier offshore. Mais les récents événements soulignent la persistance et l’adaptabilité des insurgés.
Un financement en crise, un djihadisme en mutation
Selon International Crisis Group, cette recrudescence de la violence serait en partie motivée par des enjeux financiers. L’État islamique en Somalie, autrefois principal financeur de ses filiales africaines, a vu ses ressources s’effondrer. Privés de transferts, les groupes armés mozambicains multiplient les raids pour survivre : pillages, extorsions, propagande meurtrière.
Cabo Delgado, déjà saignée par huit ans de conflit, pourrait bien connaître une nouvelle phase de chaos.
La Rédaction

